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Information sur l'emploi en sciences humaines et sociales

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Le traitement des VSS à l’UPEC : comment le silence pèse

Dans le cadre des élections aux conseils centraux de l’Université Paris-Est Créteil (16 et 17 juin 2026), les listes “Union des personnels pour l’UPEC” — des listes intercatégorielles et soutenues par l’intersyndicale CFDT, CGT, FSU (SNESUP et SNASUB) et SUD — ont ouvert un blog afin de documenter les pratiques d’une université de banlieue qui, bien que portée au quotidien par une multitude de personnels remarquables, dysfonctionne en tant qu’institution, ainsi qu’Academia l’a déjà documenté plusieurs fois. Les situations relatées dans ce blog ne relèvent évidemment pas seulement d’enjeux locaux ; elles illustrent, souvent de manière particulièrement visible, des évolutions qui traversent aujourd’hui l’ensemble de l’ESR. C’est pourquoi plusieurs de ces billets sont reproduits sur notre carnet. Documentons encore et encore ce qui est en cours.

En date du 15 décembre 2025, les personnels de l’IUT Sénart-Fontainebleau reçoivent un mail de la présidente de l’UPEC les informant que leur directeur est « empêché » d’exercer ses fonctions et qu’une direction provisoire prend le relais.

Les enseignant-es, personnels, présent-es alors au sein de l’établissement s’inquiètent : le directeur a t-il eu un accident ? Un problème de santé ? C’est un grand fumeur… Auprès de qui peuvent-ils prendre des nouvelles, peut-on l’appeler ?

Dès lors, un silence épais, entrecoupé de bruits de couloir et de rumeurs diverses, s’installe à l’IUT. « c’est une affaire de harcèlement moral », « non, pas moral, sexuel » «  c’est une affaire de viol », « telle BIATSS est concernée », « oui, mais aussi une enseignante » « et apparemment des étudiantes », « il paraît que telle étudiante était mineure », « mais moi il ne m’a jamais rien fait, je ne peux pas y croire », « oui mais tel collègue masculin qui a longtemps travaillé avec lui savait », « on sait bien de toute façon, il n’est pas le seul concerné, tel autre enseignant est connu pour des attitudes déplacées vis-à-vis des étudiantes ».

Comme dans toutes ces affaires, tout le monde sait ou croit savoir. Comme dans toutes ces affaires, certain-es brandissent la présomption d’innocence et salissent d’ores et déjà des plaignantes dont le comportement n’aurait pas été exemplaire.

Le 2 mai, soit près de 6 mois après ce mail laconique et lacunaire, stupeur et sidération des collègues à la lecture du Parisien.

Capture d’écran, leparisien.fr, 1er mai 2026

L’article parle-t-il du directeur « empêché » ? S’agit-il d’un autre ? Après tout, les cadres formateurs ne manquent pas à l’IUT… et les affaires de VSS ne manquent pas dans l’enseignement supérieur comme ailleurs.

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“Une victime d’agression sexuelle sur 6 a été agressée la première semaine de sa première année d’étude”. Un guide de rentrée de l’OBVSS

Academia reproduit le courriel circulaire reçu ce jour.

Affiche Sexe & consentement

Afin que 2025 rime avec culture du consentement dans nos vies privées, nos études et nos pratiques professionnelles, l’Observatoire des Violences Sexistes et Sexuelles dans l’Enseignement Supérieur et Sexe & Consentement sont fières de partager leur production commune : un fascicule sur le consentement en milieu étudiant ainsi qu’une affiche visuelle !

➡️ Outil à distribuer dans tous les établissements de l’enseignement supérieur et de la recherche ou accueillant du public étudiant.

➡️ Téléchargement gratuit (en version comprimée) et impression libre de droit afin que chaque établissement, structure professionnelle, association étudiante ou individu puisse en bénéficier.

Selon nos enquêtes de l’OBVSS dans l’ESR :

  • Une victime d’agression sexuelle sur 6 a été agressée la première semaine de sa première année d’étude.
  • Plus d’un·e étudiant·e sur 3 a été victime ou témoin d’au moins une forme de VSS lors de ces événements.
  • 1 étudiant·e sur 6 identifie une situation de viol comme une agression sexuelle.
  • 45% des étudiant·es n’ont pas accès à ces dispositifs soit car ils n’existent pas, soit parce qu’ils n’en ont pas connaissance.

Nous vous invitons également à consulter nos enquêtes en intégralité sur notre site. .

Bien cordialement,

L’Observatoire des Violences Sexistes et Sexuelles dans l’Enseignement Supérieur

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En salle : Sorry, Baby – un viol ordinaire à l’université

Affiche de Sorry babyPeut-on guérir du trauma d’un viol ? Peut-on devenir une universitaire quand le violeur est votre directeur de thèse ? Tels sont les questions que pose Sorry, Baby, d’Eva Victor, sorti en salle en août 2025.

Drôle et plein de douceur, éclairé de la belle lumière du Nord des États-Unis, ce film pose plusieurs questions à la communauté universitaire précisément :  quelle est la fonction professionnelle du viol, quelle solidarité manifeste le corps académique, quelle réparation possible et pour qui ?

N’hésitez pas à partager votre/ vos analyses de ce film avec Academia.

Sur Academia

« Si le viol est inévitable, détends-toi et profite ». Bertrand Pauvert, MCF de droit, condamné pour violence et harcèlement sexuel et sexiste, par Rue89

En passant

Lundi 11 juillet, le tribunal correctionnel de Mulhouse a déclaré le professeur en droit de l’Université de Haute Alsace Bertrand Pauvert coupable de violence et de harcèlement sexuel et sexiste. L’ancien directeur du département de droit a été condamné à 12 mois d’emprisonnement avec sursis et interdit d’exercer pendant trois ans.
Extraits. « Je suis contente, surtout pour l’interdiction d’exercer. Ca me soulage de savoir qu’on ne le recroisera plus avant la fin de notre scolarité. » Étudiante en première année de master en « Droit et métiers de l’administration », Manon réagit au délibéré du tribunal correctionnel de Mulhouse. Son ancien maître de conférences à l’Université de Haute Alsace (UHA), (…) est condamné à 12 mois d’emprisonnement avec sursis et interdit d’exercer la profession d’enseignant pendant trois ans. Bertrand Pauvert était poursuivi pour violence sans incapacité et harcèlement sexuel lié à « des propos à connotation sexuelle ou sexiste imposés de façon répétée entre janvier 2018 et octobre 2021 ». La procédure avait débuté suite aux révélations du journal L’Alsace sur les « brimades » de l’enseignant.

(…) Bertrand Pauvert est aussi connu pour un engament politique en tant que coordinateur local de la campagne présidentielle d’Éric Zemmour.

Ce jugement pourrait avoir des conséquences intéressantes pour tous les élèves qui s’estiment victimes de propos sexistes ou à connotation sexuelle de la part de leur professeur. Les victimes de tels propos ne sont pas seulement celles et ceux auxquels le maître de conférences s’est adressé directement. Dans son délibéré, le tribunal a estimé que les propos à caractère sexuels et sexistes ont été tenus à l’égard de l’ensemble des étudiants présents et reçus par chacun à titre personnel, chacun en ayant souffert.

Pour lire l’intégralité de l’article →

Confiscation d’un bâton : actes sexistes à l’Université de Goettigen

Un professeur de l’Université de Göttingen vient d’être sanctionné au tribunal pénal pour avoir séquestré des doctorantes et une collaboratrice dans son bureau et leur avoir donné la fessée sous le prétexte de fautes qu’elles auraient commises entre 2014 et 2017 : 11 mois avec sursis et confiscation du bâton de bambou utilisé. La procédure disciplinaire devant le tribunal administratif est encore en cours. D’autres professeurs sont également poursuivis pour des faites de violences sexistes.

Le tribunal régional de Göttingen a condamné un professeur de l’université de Göttingen à onze mois de prison avec sursis. En raison de la peine prononcée, l’homme de 58 ans conserve pour l’instant son statut de fonctionnaire.

Les juges ont déclaré l’homme coupable, entre autres, de mise en danger de la vie d’autrui dans l’exercice de ses fonctions, de séquestration et de contrainte sur trois femmes. La chambre a acquitté l’homme des chefs d’accusation d’agression sexuelle et de harcèlement. Le parquet avait requis une peine d’un an et huit mois avec sursis. (…)

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Un professeur de la Vrije Universiteit Brussel accusé de comportement inapproprié: licenciement à VUB

“Un professeur de la VUB mis à la porte pour comportement transgressif : “J’ai fait votre carrière, je peux aussi la briser”.

Il existe un important point commun important entre les femmes qui ont accusé le professeur d’archéologie D.T. de comportement inapproprié1. Elles ne sont pas satisfaites de la gestion de l’affaire par la VUB. “Une université  2n’est pas une cour de justice”, retorque la rectrice Caroline Pauwels. “Les gens méritent une seconde chance.”

Début juin 2020. Le centre de signalement des comportements transgressifs de la VUB reçoit un rapport sur D.T., le professeur populaire du département d’archéologie. Il est question de comportement inapproprié, d’intimidation et d’abus de pouvoir. Cet été-là, trois autres rapports sont reçus. À l’automne 2020, quelques autres rapports s’ajoutent, dont celui d’une étudiante. L’université reste silencieuse.

Entre-temps, certaines des femmes ayant fait un signalement ont été conseillées par Punt. asbl, organisation qui soutient les victimes de violences sexists et sexuelles. Là, on leur conseille de contacter l’Institut pour l’égalité des hommes et des femmes (IVGM). Le 7 décembre 2020, une première réunion a lieu. La directrice Liesbet Stevens est présente, tout comme sa collègue Charlot Bonte, représentant Punt. asbl, une représentante de la VUB et quatre femmes qui ont effectué un signalement.

“Ce n’est que lorsqu’on a fait appel à l’Institut que les choses ont commencé à bouger”, raconte l’une d’elles à De Morgen.

Quelques jours plus tard, le professeur D.T. est invité à une réunion avec le doyen et le directeur du département. Entre-temps, l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes a reçu au moins sept témoignages.

Ce que les femmes ne savent pas à ce moment-là, c’est que plus de dix ans auparavant, des plaintes similaires étaient déjà parvenues à la direction de l’université. Des doctorantes s’étaient alors adressées au doyen de la faculté de lettres et de philosophie de l’époque, mais aucune mesure n’avait été prise. Les plaintes sont toujours les mêmes : D.T. envoie des messages inappropriés aux étudiantes et partage des histoires personnelles. Parfois, cela débouche sur une relation sexuelle. Quiconque rejette ses avances est intimidé ou menacé.

“Tu es très belle dans cette robe. Nous devrions aller boire un verre un jour cet été. Il m’a dit ça pendant un examen oral”, raconte Stefanie De Wolf, aujourd’hui âgée de 38 ans mais alors étudiante de 24 ans. Elle a finalement eu une relation avec lui pendant quelques semaines. “Il me disait déjà à l’époque qu’il avait régulièrement des relations sexuelles avec des étudiantes”, dit-elle.

“Il m’a demandé sans détour si je voulais avoir des relations sexuelles avec lui”, raconte Valentine Verrijken (35 ans). D.T. était à l’époque le directeur de sa thèse. Elle a refusé. “Et puis, d’un coup, une carrière en archéologie s’est révélée être hors de question pour moi. Un emploi qu’on m’avait promis ? Soudain, il est allé à un autre étudiant. J’ai bien terminé mes études, mais un doctorat n’était plus envisageable.”

De Wolf et Verrijken connaissent toutes deux des étudiantes qui ont reçu des messages inappropriés de sa part. Ou qui ont entamé une relation sexuelle avec lui. “Je réalise maintenant qu’il a en fait suivi le même schéma pendant près de vingt ans”, dit De Wolf.

Les deux femmes sont contactées par une ancienne camarade de classe à l’automne 2020 pour voir si elles ne souhaitent pas apporter leur témoignage. Finalement, elles témoigneront toutes deux devant la commission disciplinaire.

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  1. De Morgen a parlé à sept des 23 femmes qui ont fait état de comportements inappropriés et d’abus de pouvoir. Certaines ont souhaité rester anonymes, mais leurs noms sont connus de la rédaction. Les courriers, les messages, les captures d’écran et des documents confidentiels confirment leurs histoires. []

Affaire Comaroff, Harvard. Notes d’une survivante à une formation doctorale


Note de la rédaction : Insurrect ! est une publication créée pour partie en raison de notre souci d’établir des réseaux de soutien plus académiques à destination des doctorantes et les doctorants, moins en appui qu’en complément du monde universitaire institutionnel. Comme de nombreux jeunes chercheurs et chercheuses, les rédacteurs et rédactrices d’Insurrect ! ont suivi passionnément la lutte menée par Margaret Czerwienski, Lilia Kilburn, Amulya Mandava et leurs soutiens contre le harcèlement sexuel subi à l’Université de Harvard, et assisté avec ébahissement à la réaction accablante des chercheureuses expérimenté∙es de cette institution.

En tant que magazine en ligne consacré à la critique des héritages coloniaux et aux travaux majeurs des études noires, des études indigènes et de la théorie féministe postcoloniale, nous ne pouvons ignorer la façon dont les institutions d’aujourd’hui maintiennent ces héritages à travers des abus et des mécanismes sexués du pouvoir, jusque dans les domaines censés les analyser. À cette fin, nous partageons le récit personnel de l’une des cofondateurices d’Insurrect ! qui parle spécifiquement de la manière dont one ne peut distinguer notre vie professionnelle, en tant que chercheuse et universitaire, du pouvoir institutionnel genré. Cette collaboratrice, que nous avons l’incroyable chance de connaître, est Kellen Heniford.


Les discussions à propos de la Lettre de Harvard – raccourci pour désigner sur les réseaux sociaux la lettre ouverte signée par 38 professeurs de Harvard en soutien à leur collègue John L. Comaroff — ont dominé mon fil d’actualité pendant plusieurs jours. Autant que je m’en souvienne, aucun événement n’a autant agité les eaux du Twitter universitaire, ni autant capté mon attention. La lettre a suscité de nombreuses critiques, ce qui a été réconfortant. Mais pour moi, comme pour bien d’autres personnes ayant subi des violences sexuelles pendant leurs études supérieures, cette séquence d’information, sur le plan émotionnel aussi, m’a dévastée.

Tribune en soutien à John Comaroff, à l’initiative de son épouse Jean, signée par 38 professeurs d’Harvard

La lettre a été envoyée après que Harvard a sanctionné Comaroff, membre éminent du corps enseignant du département d’Études africaines et afro-américaines et du département d’Anthropologie, pour avoir violé les codes de conduite professionnels, y compris les directives relatives au harcèlement sexuel. Les auteurices de la lettre s’y opposent : après tout, Comaroff est, à leur connaissance, « un excellent collègue, un encadrant et un citoyen universitaire engagé qui, depuis cinq décennies, a formé et dirigé des centaines de doctorant∙es de différentes origines ». Les signataires, qui affirment que la sanction de Comaroff pourrait avoir des effets préjudiciables « sur notre [leur] capacité à encadrer nos [leurs]  propres étudiant∙es », comptent plusieurs poids lourds du monde des études sur l’Amérique pré-moderne, notamment — mais sans exclusive malheureusement — Sven Beckert, Alejandro de la Fuente, Henry Louis Gates et Jill Lepore.

Les détails de l’affaire Comaroff dévoilés depuis que la publication de la lettre sont perturbants. Une étudiante, dont il était le directeur, soutient qu’il l’a embrassée sur la bouche sans son consentement, lui a touché et pressé les cuisses, et, à l’occasion d’une rencontre privée, lui a décrit avec moult détails comment elle, une femme queer, pourrait subir un « viol correcteur » à l’occasion d’une mission au Cameroun.

Amulya Mandava, Lilia Kilburn and Margaret Czerwienski, doctorantes à Harvard. Crédit Lena Warnke Photography/Reuters

Une plainte1 déposée par trois doctorantes accuse non seulement Harvard d’avoir ignoré des années de comportement inapproprié de la part de Comaroff, mais prétend aussi que l’université est allée jusqu’à acquérir les notes prises en consultation par la psychothérapeuthe privée de la plaignante et de les avoir partagées avec Comaroff. Cette dernière declaration, notamment, laisse deviner que les administrateurices d’Harvard ont non seulement fait preuve de négligence, mais aussi qu’iels se sont montré·es activement complices du comportement de Comaroff.

Je salue le courage des femmes qui ont dénoncé Comaroff, notamment au vu de l’opposition manifestée par ce qui apparaît comme un front uni de sommités travaillant dans toute une série de domaines. Nombre de ces sommités, parmi lesquelles on compte Beckert, de la Fuente, Gates, and Lepore, ont fini par retirer leurs signatures de la lettre pour Comaroff. Iels ont, semble-t-il, réévalué leur jugement au vu de l’ampleur des représailles sur les réseaux sociaux et suite à l’annonce de la tenue d’un procès contre leur collègue.

Des histoires comme celle qui se déroule actuellement à Harvard sont choquantes, c’est sûr, mais, pour nombre d’entre nous, elles ne sont guère surprenantes.

Lors de ma première année de doctorat à Columbia University, j’ai été droguée et agressée par un homme, doctorant comme moi dans le Département d’histoire. L’expérience a été aussi horrible à vivre qu’elle l’est à relater. Au cours des mois qui ont suivi, je me suis retrouvée à vomir dans les toilettes du département après avoir croisé mon agresseur dans le hall d’entrée, à sécher des cours où j’aurais pu le voir, et je me suis efforcée de contenir des attaques de panique dans le salon des doctorant∙es. Si je n’avais pu compter sur le soutien et sur la compréhension sans faille de ma directrice, Stephanie McCurry, j’aurais certainement renoncé.

À mesure que je me resaissais, lentement, en remettant les morceaux de ma vie en place, j’ai commencé à militer au sujet de la violence sexuelle sur le campus. J’ai discuté avec d’autres survivantes2, étudiantes undergraduate, professionnelles, et doctorantes incluses. Toutes les personnes qui avaient cherché à obtenir réparation par les procédures au titre du Titre IX de Columbia3 jugeaient que ces procédures avaient failli. Même avec une preuve accablante d’agression ou de viol, la sanction judiciaire prise par l’université consistait au mieux à une tape sur la main. Dans une affaire comme la mienne — « il-a-dit », « elle-a-dit » où « elle » avait été droguée et ne pouvait guère se souvenir de grand-chose — cela se résumait à encore moins.

Et puis, moins d’un an et demi après mon agression, l’histoire de William Harris a éclaté. D’abord, une doctorante a intenté un procès à Columbia pour avoir failli à ses obligations de prendre des mesures contre Harris, professeur au Département d’histoire, qui l’avait embrassée à plusieurs reprises, agressée sexuellement et tenté d’avoir une relation sexuelle avec elle. Puis le New York Times a publié une enquête révélant que Harris avait harcelé et agressé des doctorantes pendant plus de trente ans.

À cette période, j’occupais la fonction de co-coordinatrice « pour l’inclusivité de genre et le respect sexuel ». En théorie, j’étais la référente entre doctorants et doctorantes et enseignant∙es sur les questions d’harcèlement et de discrimination. En pratique, la tâche consistait à récolter des courriels de doctorantes, me demandant, par exemple, pourquoi, elles se retrouvaient seules dans l’ascenseur de notre bâtiment avec un homme que le New York Times avait révélé être un prédateur.

Quand j’ai fait part de ces préoccupations à notre directoire, on m’a opposé des réponses évasives, non sans une certaine condescendance. À l’âge de 25 ans, je me suis retrouvée seule — ou souvent avec une autre femme, la présidente de notre Association doctorale, elle aussi âgée de moins de trente ans — dans une pièce avec des professeurs hommes qui avaient deux fois mon âge, à tenter de leur expliquer pourquoi, par exemple, une personne qui n’avait pas été personnellement agressée par William Harris puisse trouver à redire à le voir rôder dans notre département. C’était un travail épuisant sur le plan émotionnel.

L’affaire Harris, malheureusement, n’était pas un cas isolé. Bien évidemment, j’avais été agressée par un doctorant dans le Département d’histoire de Columbia. Il y avait aussi Charles Armstrong, professeur d’histoire coréenne, qui a été accusé en 2021 d’avoir violé une de ses anciennes étudiantes undergraduate. Armstrong a reconnu avoir eu une relation sexuelle avec son accusatrice — qui était, encore une fois, une étudiante undergraduate sous sa responsabilité — mais soutenait que la relation était consentie. Les réseaux de racontars de doctorantes avaient aussi bruissé de la nécessité de se méfier d’autres professeurs : l’un pouvait être un peu amical à une fête ; il fallait éviter de travailler avec un deuxième (il pensait que les femmes étaient belles mais inintelligentes) ; à un colloque, on avait forcé un troisième à arrêter d’agresser une jeune collègue.

J’ai obtenu mon doctorat dans le Département d’histoire de Columbia en 2021 et j’ai décroché ensuite un postdoc. Depuis huit mois environ, je me sens plus légère. J’ai d’abord attribué ce sentiment au fait d’avoir accompli une tâche énorme, d’avoir soutenu ma thèse et d’avoir terminé six ans de scolarité en école doctorale. Les événements de cette dernière semaine cependant m’ont ramenée dans les ténèbres. J’ai le sentiment, et peut-être ceci en fait l’écho, qu’il y a eu des moments dans ma vie que  j’avais juste à dépasser — avancer sans trop penser à la situation, parce que la compréhension réelle de ce que j’endurais pouvait de me détruire. C’est ce qui s’est passé avec mes années à Columbia.

Mais l’affaire Comaroff m’a forcée à me souvenir ce que signifiait travailler un département avec un homme qui m’avait droguée et attaquée, ce que voulait dire se battre bec et ongles contre le département pour que ce dernier accède à une requête simple — notre sécurité — et ne même pas y parvenir. Le procès contre Harvard m’a rappelé les années passées à traiter avec une administration ouvertement hostile aux survivantes, administration qui a dépensé des millions pour tenter de démanteler notre syndicat, en partie pour éviter des négociations au sujet de la protection que nous exigions contre les agressions, le harcèlement et les discriminations. La lettre m’a ramenée aux discussions avec les professeur∙es titulaires qui, même confronté∙es à des preuves éclatantes de comportement inapproprié, préféraient protéger un de leurs collègues plutôt que de prendre au sérieux les doctorantes qui exigeaient protection et respect sur notre lieu de travail.

La semaine a été difficile.

Traduction Christelle Rabier


John et Jean Comaroff at New School Public Lecture, 2018. Tous droits réservés

Pour aller plus loin

Réseaux sociaux d’anthropologie aux USA : la centralité de Harvard et de Chicago (Kawa et al. 2019)

Courriel reçu par Jade Guedes de Gary Urton, publié sur Twitter le 2 juin 2020, avec le commentaire suivant : “This is the email I received from Gary Urton. I was a second to last year graduate student and he was chair at the time. Harvard, this time please don’t say there “ was no evidence for violation of policy”.

  1. de 65 pages. []
  2. NdT : toutes les personnes victimes de ce texte sont des femmes, selon l’autrice interrogée à ce sujet. []
  3. NdT: Title IX réfère à l’amendement éponyme du Education Amendements de 1972, qui interdit tout discrimination fondée sur le sexe aux établissements éducatifs recevant des financements de l’État fédéral. Voir à cet égard les dispositions prises par Columbia University. []
  4. Les Sud-Africain·es Max Price, Dennis Davis, Deborah Posel, Hylton White, Jane Taylor, Robert Morrell, Mike Morris, Neil Roos, Mugsy Spiegel, Imraan Coovadia and Steven Robins ont signé la lettre de soutien à Comaroff. []

Université de Lorraine : jugement et sanction exemplaires

Le 2 septembre 2020, les parents d’une étudiante remettent à l’Université de Lorraine une lettre que celle-ci a laissé : la doctorante a mis fin à ses jours en raison du comportement de son directeur de thèse. Le geste et la raison du geste, tenus sous silence très longtemps par la présidence, auraient-ils pu etre disparaître dans l’omerta qui caractérise les violences masculines à l’université ? Nous ne le saurons jamais, car en médiatisant la toxicité des relations que son directeur de thèse entretenait avec ses doctorantes, Camille Zimmermann a fait preuve d’un courage inouï et voit aujourd’hui l’aboutissement de sa prise de parole, qui a signifié pour elle abandon de sa thèse.

Academia a relaté dans plusieurs billets les mécanismes de l’omerta : la première tentative de minorer les faits, voire célébrer le travail du directeur malfaisant sur les réseaux sociaux ; la complexité des procédures enchevêtrées, qui étaient autant d’occasions de protéger l’institution, plutôt que les victimes passées, présentes et à venir. Les étudiant·es ont pu changer de directeur au cours de l’automne 20201, lorsque le président de l’Université de Lorraine a demandé d’abord une enquête administratives puis engagé des poursuites contre lui le 15 décembre 2020 et l’a suspendu de ses fonctions d’enseignement et de recherche. Nous n’avons pas eu le temps de publier l’information selon laquelle  le 3 novembre 2021, le directeur de thèse incriminé, pourtant suspendu de ses fonctions de recherche et d’enseignement, se trouvait à enseigner dans la faculté Lettres et humaines de l’Université de Lille, dont le doyen, informé, a demandé à ce qu’il soit mis fin aux vacations.

Le jugement disciplinaire, sur la demande de l’Université auprès du CNESER, a été dépaysé à l’Université de Bourgogne dont la section disciplinaire a entendu le professeur de Lorraine le 13 décembre 2021.

Nous publions intégralement ce jugement et par la sanction que Mme Maryse Gaimard, président, Mme Catherine Vergely-Vandriesse, et M. Patrick Charlot et Gwenaël Massuyeau, assisté·es de M. Pierre-Alexandre Falbaire, ont prise et fait publier aujourd’hui à l’Université de Lorraine.

Disons-le simplement : le jugement et la sanction sont exemplaires, à l’image sans doute de l’instruction conduite par le CHSCT, qui a recueilli “de nombreux témoignages”, concordants. Les juges soulignent d’abord que le directeur de thèse n’assurait pas correctement la mission qui lui était impartie ni selon l’article 16 de l’arrêté du 25 mai 2016, ni selon la charte du doctorat de l’Université de Lorraine ; que le professeur des universités a enfreint, par son comportement, l’article 25 de la loi 83-634 portant droit et obligation des fonctionnaires, selon lequel “Le fonctionnaire exerce ses fonctions avec dignité, impartialité, intégrité et probité“. Iels ont considéré que la personne jugée n’avait fait “preuve d’aucune remise en question de ses agissements, mais au contraire invoqué un complot contre sa personne” et que les enseignements à Lille représentaient une circonstance aggravante, motivant une décision immédiatement exécutoire nonobstant appel.

“Considérant la nécessité de protéger les étudiant·es du service public de l’enseignement supérieur de tout comportement inopportun du corps enseignant”, la section disciplinaire de l’Université de Bourgogne a condamné le professeur des universités de l’Université de Lorraine a sa mise à la retraite d’office2.

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Rose und Schnee, par Michael Mueller, 2017

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  1. Les étudiant·es qui en avaient fait la demande ont pu bénéficier de trois mois de financement supplémentaires.; voire d’une aide psychologique sur le campus. []
  2. La sanction “mise à la retraite d’office” est la dernière sanction par ordre de gravité, avant la révocation pure et simple, selon l’article L952-8 du Code de l’éducation. []