Recrutements des enseignant·es-chercheur·es 2020 : Communiqué commun d’associations et de président·es de comités de sélection

Contre les recrutements intégralement par visio-conférence
Pour un report de plusieurs semaines du calendrier en vigueur

Mise à jour  mardi 14 avril 2020 – Communiqué 14/04/2020 (version .pdf)

En dépit de la crise sanitaire mondiale, la campagne de recrutement des enseignant·es-chercheur·es continue actuellement de se dérouler. La baisse dramatique du nombre de postes de titulaires ouverts aux concours depuis quinze ans rend l’enjeu de ces recrutements d’autant plus important. Leur faible nombre, au regard des besoins des universités et du volume de candidates et de candidats, confère une encore plus grande responsabilité aux membres des comités de sélection. Dans ces conditions, en tant que président·es de comités de sélection en science politique et en sociologie, et en tant qu’associations représentatives de différentes disciplines des sciences sociales, nous souhaitons collectivement défendre plusieurs principes essentiels au bon déroulement de cette campagne.

Les circonstances exceptionnelles ne sauraient justifier que le processus de recrutement contrevienne au principe d’égalité entre les candidat·es, ou conduisent à renoncer à des conditions rigoureuses d’évaluation, de délibération et de vote entre les membres des comités de sélection. C’est pourquoi nous refusons la dématérialisation intégrale du processus de recrutement via des dispositifs de visioconférence, et nous demandons un report de plusieurs semaines supplémentaires du calendrier en vigueur de la campagne synchronisée 2020.

Il est pour nous inconcevable que la totalité du processus de recrutement soit dématérialisée. Il ne saurait être question que la douzaine de membres d’un jury (en moyenne) se retrouvent contraint·es d’échanger par ordinateurs interposés. Nous refusons encore davantage que la totalité des candidates et des candidats soient auditionné·es à distance, derrière un écran, dans des conditions techniques, matérielles et sanitaires extrêmement variables et sujettes à caution. Ce dispositif inacceptable créera d’innombrables inégalités et fera peser sur toutes et tous de nombreuses contraintes qui s’ajouteront à un contexte moral fortement dégradé par le nombre de malades et de décès.

Dès lors, nous demandons un report du calendrier de recrutement de plusieurs semaines supplémentaires. En dépit des inévitables incertitudes liées à l’évolution de la situation sanitaire, permettre aux auditions de se tenir jusqu’à la mi-juillet au maximum semblerait offrir une marge raisonnable, sans remettre en cause la temporalité des affectations à la rentrée. Dans de telles conditions, nous encourageons le regroupement des auditions d’une même discipline autour d’un même lieu durant une même semaine, afin de faciliter leur déroulement. Dans ce contexte perturbé, nous appelons enfin les universités à faire preuve de souplesse afin de faciliter par tous les moyens possibles la prise de poste des nouveaux et des nouvelles recruté·es en septembre, que ce soit sur le plan administratif ou pédagogique.

Liste des signataires ci-dessous

Signataires :

  • 16 associations représentatives de différentes disciplines du monde académique
  • 65 président·es de comité de sélection issus de 16 sections CNU différentes

 Liste intégrale des signataires ci-après

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Le recrutement des enseignants-chercheurs à distance envisagé par le MESRI pose de nombreuses questions. Une dépêche AEF

Le débat commence à agiter les listes de discussions des universitaires : faut-il maintenir les concours de recrutement des maîtres de conférences et professeurs, quitte à les faire à distance, ou les reporter à la période post-confinement, au risque de ne pas avoir suffisamment d’enseignants devant les étudiants dès la rentrée ? Alors que le MESRI avait prévu de soumettre au CTMESRI du 24 mars un décret autorisant – entre autres – les recrutements 100% en visio, les syndicats ont demandé – et obtenu – davantage de temps pour trouver la meilleure solution.

https://www.flickr.com/photos/timvz/27250022576/in/photolist-HvZuks-9KJDNm-2iriCSg-JtUWbz-FC5oxG-2aMEHxT-2e7Xs65-CXMMSM-2hZ9ZpR-2hXJFuy-Jr2j2a-4G49tk-2e3LeF4-2ioKMx1-qzrvrc-Z4esn9-xnNRBR-27AgaiU-2hw626d-2iBFjxq-Xr4cjy-VN4k14-UdB9Xw-2f1gkMk-QNeZNY-Q3cwr5-77R6T4-27iN7ut-ijfm9u-h6pB1w-narjJL-2iA3U6o-CypaP5-Nfy5Uz-WeSNYH-2hxFEYX-WjdxGY-CJAKbL-dzwyA8-A2acJ6-2bCfrVK-eQU65P-24Yi476-4dCd9j-2isxsqz-djhBMt-7e4TUG-KZfrck-JTjG4g-ATwZ5u

Safe at a distance, by Tim van Zundert, 2016

La pandémie de Covid-19 et les mesures de confinement qui en découlent arrivent au moment de la campagne synchronisée de recrutement des enseignants-chercheurs. Les candidats ont en effet, en principe, jusqu’au 26 mars pour déposer leur dossier sur Galaxie, les auditions devant se tenir en avril et mai.

« Si les recrutements des chercheurs peuvent être décalés dans le temps, ceux des enseignants-chercheurs sont un peu plus contraints, car nous aurions du mal à imaginer qu’ils ne soient pas recrutés avant la rentrée de septembre, pour être intégrés aux services et faire face aux étudiants», explique Stéphane Leymarie, secrétaire fédéral du Sgen-CFDT.

Mais comment procéder à ces recrutements en période de confinement ? 100% à distance ? Dans l’état actuel des textes, cela n’est pas possible car le décret statutaire dispose que « le comité de sélection ne peut siéger valablement si le nombre de membres physiquement présents est inférieur à quatre »1

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  1. Article 42 du décret du 15 février 2011 : « Les réunions des comités techniques peuvent, lorsque les circonstances le justifient, être organisées par visioconférence, sous réserve que le recours à cette technique permette d’assurer que, tout au long de la séance : n’assistent que les personnes habilitées à l’être dans le cadre du présent décret ; chaque membre siégeant avec voix délibérative ait la possibilité de participer effectivement aux débats ; le président soit en mesure d’exercer son pouvoir de police de la séance ». []

Report des candidatures sur Galaxie : une pétition

Lien pour signer la pétidion

Signatures le 24 mars 2020 à 12h : 1538

Alors que dans le contexte de la pandémie de COVID-19, le gouvernement appelle au confinement, les universités et laboratoires sont fermés, la date limite pour le dépôt des dossiers dans le cadre des concours de maître·sse de conférence (MCF) et de professeur·e (PR) de la session synchronisée est restée le 26 mars. Pour les postes d’assistant·e temporaire d’enseignement et de recherche (ATER) ou de PRAG/PRCE, cela varie selon les établissements, mais beaucoup de dossiers doivent être renvoyés courant avril.

Il est surprenant que ces dates n’aient pas été repoussées.

De toute évidence, la pandémie actuelle, et les mesures prises par le gouvernement affectent directement le temps de travail des précaires (et des titulaires) de l’ESR, notamment dans la préparation des dossiers de candidature. En effet, la crise sanitaire en cours crée un véritable bouleversement psychique et matériel. Beaucoup de temps est ainsi passé à s’informer, à réorganiser la vie quotidienne, prendre soin de ses proches ou de soi-même. D’autre part, si les conséquences des mesures de confinement affectent tout le monde, elles pèsent plus durement sur les personnes les plus précaires, celles et ceux qui ont des enfants, des parents à charge, ainsi que tou·te·s les autres pourvoyeuses/eurs de soins domestique. Elles renforcent, également, les inégalités préexistantes liées au genre ainsi qu’aux conditions de travail ou de logement variables. Il est en effet bien plus difficile de télétravailler pour les personnes qui vivent dans de très petites surfaces et qui doivent souvent les partager afin de pouvoir payer le loyer.

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Concours titulaires de l’enseignement supérieur et de la recherche : un projet de décret en « distanciel »

Au lieu de prendre un décret sur les visio-conférences, organisons le report des concours de recrutement, à commencer par le report de la date de dépôt des dossiers !

Le mardi 24 mars 20201, sera soumis au Comité technique du Ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation un projet de décret sur le recours à la visio-conférence pour les concours de chercheur·euses et d’enseignant·s-chercheur·ses.

Le CTMESR est une instance représentative et consultative, devant laquelle le Ministère a l’obligation de présenter tous ses projets en matières d’emploi, de rémunération et de conditions de travail. Son rôle est de fait limité : s’il ne peut abroger un projet qui lui serait soumis, il peut néanmoins les retarder si ses membres, à l’unanimité le juge insuffisant. Dans ce cas, le MESR est censé reconvoquer le CT pour l’examen d’une nouvelle mouture2.

Compte tenu de l’importance du sujet, il est utile de faire connaître à la communauté, titulaires ou candidat·es au recrutement, le projet du Ministère, qui ne semble pas bien prendre la mesure de l’épidémie. De fait la question des concours poursuit sous une autre forme celle de la « continuité pédagogique » dont Academia a déjà eu l’occasion de présenter les termes du débat3.

Nicolas Poussin, La peste d’Ashdod, ca. 1630–31, oil on canvas, 148 x 198 cm. Paris, Musée du Louvre, inv. 72

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  1. Séance reportée.> []
  2. Actuellement, la représentation syndicale (15 titulaires, 15 suppléant·es)  — SGEN-Cfdt (3), FSU (Snesup, Snasub, SNCS) (2), Ferc CGT (3), Sud (Education-Recherche) (1), FO (1), SNPTES (4), UNSA (1). []
  3. Sur le sujet de la difficulté, sinon l’absurdité de la « continuité pédagogique », voire sur ce blog COVID-19 : instructions de la Ministre ESRI, 15 marsBons baisers de Marseille, 17 mars ; Continuité pédagogique ? Témoignages d’enseignantes-chercheuses, 21 mars ; Covid19 : Plan de (dis)continuité académique, 21 mars []

Report des concours chercheur-es INED

LES CONCOURS “CHERCHEUR-E-S” SONT REPORTES

Dans le cadre des mesures exceptionnelles décidées par l’Ined pour endiguer la propagation du virus COVID-19, les jurys d’admissibilité de concours sont reportés. Ces mesures concernent les concours :

  • de chargé.e de recherche dont les les auditions devaient avoir lieu les 23 et 24 mars 2020
  • de directeur.rice de recherche de 2ème classe dont le jury devait se réunir le 25 mars 2020

Les jurys d’admission pour les concours de chargé.e de recherche et de directeur.rice de recherche de 2ème classe dont les réunions devaient avoir lieu respectivement le 15 mai et 10 juin sont également reportés à une date ultérieure.

Chaque candidat.e sera tenu.e informé.e des nouvelles dates d’auditions et de réunions des différents jurys.

Source : site INED

Report des concours CNRS – message d’Antoine Petit, 15 mars 2020

À quoi servira la LPPR ? L’exemple des recrutements

  • Par Noé Wagener, professeur de droit public, Université de Rouen Normandie

Texte de la conférence donnée à l’occasion de la réunion d’information « La LPPR, vrai problème ou fausse alerte ? » 6 mars 2020, Paris, centre Panthéon, UMR8103, salle 6 Institut des sciences juridique et philosophique de la Sorbonne,

 I.—

Il existe aujourd’hui une certaine confusion quant au rôle exact que jouera la LPPR dans le phénomène de précarisation de l’enseignement supérieur et de la recherche. Cette confusion est d’abord et avant tout la conséquence du refus de la ministre de l’ESRI de dévoiler l’avant-projet de loi – un refus désastreux pour le ministère et problématique pour la mobilisation :

  • désastreux pour le ministère, d’abord, car il témoigne de façon particulièrement spectaculaire de la dégradation générale des relations entretenues avec la communauté universitaire ;
  • problématique pour la mobilisation, ensuite, en ce qu’il entraîne une focalisation excessive des critiques sur les trois rapports dits « des groupes de travail » (les rapports remis au Premier ministre le 23 sept. 2019), faute d’autre texte à discuter.

Bien sûr, la lecture des trois rapports est éclairante, ne serait-ce que parce qu’ils dévoilent le décalage considérable qui existe aujourd’hui entre, d’un côté, les orientations que veulent donner à l’ESR quelques individus occupant des fonctions de premier ordre dans ce secteur et, de l’autre côté, les aspirations d’une part importante de la communauté universitaire.

https://www.flickr.com/photos/hopemanfoto/39955314972/in/photolist-24rbswG-ULwavg-LGJMjn-CjVuzQ-QrbHy1-26TPi3J-TYa9JU-nyqVuY-28fMpnx-Srq4DB-dgaHR4-MkS24n-fz3K1B-MgKTdW-YyujZH-23SHr7U-do6x59-29ZyAvb-23RP1pw-222oBWc-qBEcYR-aWP1uV-7M4LQQ-9v4u9L-Q7zrP1-ZaZsTw-fBUVCx-qByEUh-wVj2i8-qSVEPJ-xRbJHc-25dmX3E-eed9ZW-HZaxJr-eKCTDD-27sw5YJ-P6Bomx-pYkXxW-aS6D7g-ZaxJnW-2fcLFdv-dSBJuk-XJbVxU-XfHT7N-25k5ojX-urzir6-DAY97i-27QRYwU-24Pb1d5-22FDQa9/

Duffus Castle, Tom McPherson, 2017

Pour autant, il faut bien reconnaître que la ministre a raison de rappeler, comme elle l’a fait à maintes reprises, que ces rapports, indiscutablement, « ce ne sont que des rapports » (Frédérique Vidal, séminaire des nouveaux directeurs et directrices d’unité, CNRS / CPU, 4 février 2020). D’une certaine façon, se concentrer sur ces documents pour critiquer la LPPR, c’est alimenter encore davantage le discours – très prégnant chez toute une partie des collègues, et en particulier dans les facultés de droit – selon lequel il est inutile de se mobiliser contre un projet de loi qui nous est encore inconnu. Or, précisément, s’il faudrait sans doute moins se focaliser sur les trois rapports, c’est parce qu’on en sait aujourd’hui davantage sur le contenu de l’avant-projet de LPPR, en particulier parce que la ministre en a distillé plusieurs éléments lors de sorties récentes.

On sait désormais, par exemple, que, quand bien même cette loi ne serait qu’une loi « de budget   et non une loi « de structure » (pour reprendre l’opposition employée par la ministre), une telle distinction est trompeuse : la mise en place des nouveaux contrats d’objectifs et de moyens — un outil bien connu des juristes de droit public — et le jeu sur le montant forfaitaire du préciput de l’ANR — pour citer deux instruments que la ministre a présentés devant la Conférence des présidents d’université comme figurant dans la réforme — auront des conséquences structurelles tout à fait considérables sur le service public de l’ESR.

Je ne m’attarde pas sur ce premier point, qui, s’il est crucial, n’est pas l’objet de mon propos. Ce sur quoi j’aimerais m’attarder, en revanche, c’est sur la question des recrutements (le fameux « assouplissement des modes de recrutement » évoqué par le président de la République lors de la cérémonie des 80 ans du CNRS, le 26 novembre 2019). C’est peut-être en ce domaine, en effet, que l’on observe le décalage le plus important entre ce que l’on sait désormais plus ou moins du contenu de l’avant-projet de loi et les critiques qui lui sont adressées dans le cadre des mobilisations. Le discours un peu fantasmé qui accompagne, chez certains collègues mobilisés, la publication du décret du 27 février 2020 relatif au contrat de projet dans la fonction publique, une des mesures d’application de la loi du 6 août 2019 de transformation de la fonction publique, est à cet égard caractéristique : s’il est presque certain que les contrats de projet seront massivement employés dans les universités à l’avenir, si, donc, il est très important de s’intéresser à ces nouveaux contrats, il est faux, en revanche, de répandre l’idée qu’avec ce décret, le gouvernement utiliserait la voie réglementaire pour faire discrètement passer certaines des mesures prévues dans la LPPR.

Prétendre cela, c’est ramener à nos seules préoccupations d’universitaires un débat qui, malheureusement, va très au-delà — il concerne aussi bien la fonction publique d’État que la FP territoriale et la FP hospitalière — et à propos duquel les syndicats se sont battus becs et ongles pendant des mois, avant comme après l’adoption de la loi du 6 août 2019. Bien sûr, il faut être prudent lorsque l’on tient ce genre de discours, car un angle mort gigantesque persiste dans tous les cas : on ne sait pas ce qui, dans la LPPR, fera l’objet d’une habilitation à légiférer par voie d’ordonnance1.

https://www.flickr.com/photos/sa5lkc/37525396076/in/photolist-24rbswG-ULwavg-LGJMjn-CjVuzQ-QrbHy1-26TPi3J-TYa9JU-nyqVuY-28fMpnx-Srq4DB-dgaHR4-MkS24n-fz3K1B-MgKTdW-YyujZH-23SHr7U-do6x59-29ZyAvb-23RP1pw-222oBWc-qBEcYR-aWP1uV-7M4LQQ-9v4u9L-Q7zrP1-ZaZsTw-fBUVCx-qByEUh-wVj2i8-qSVEPJ-xRbJHc-25dmX3E-eed9ZW-HZaxJr-eKCTDD-27sw5YJ-P6Bomx-pYkXxW-aS6D7g-ZaxJnW-2fcLFdv-dSBJuk-XJbVxU-XfHT7N-25k5ojX-urzir6-DAY97i-27QRYwU-24Pb1d5-22FDQa9/

Å Church ruin, Sweden, by Jocke Lind, 2017

Ceci dit, s’agissant des recrutements, on a tout de même eu la confirmation de deux choses à présent, parce que la ministre les a évoqués à plusieurs reprises ces dernières semaines, dans ses prises de parole publiques : deux contrats nouveaux au moins2 devraient bien être créés par la voie de la LPPR : les « CDI de mission scientifique », d’une part ; les contrats de « professeurs junior », d’autre part. Ces deux contrats sont éminemment problématiques pour différentes raisons. Et, à première vue, on a du mal comprendre comment, avec de telles mesures, la ministre s’autorise à présenter la LPPR comme une simple loi « de budget ». Une première interprétation pourrait être de soutenir qu’il s’agit, de sa part, d’un mensonge éhonté. Une autre interprétation — qui est celle vers laquelle je tends — consiste à considérer que la ministre a une connaissance si précise du cadre juridique des recrutements dans l’ESR qu’à ses yeux, il est tout à fait évident que ces deux contrats ne sont pas le cheval de Troie de la précarité dans l’ESR, mais de simples mesures de technique juridique, destinées à régler deux points de droit bien spécifiques, pour lesquels, effectivement, il n’est pas possible d’en passer par autre chose qu’une loi.

Il faut prendre au sérieux, à cet égard, les propos tenus par la ministre lors des journées SHS organisées par l’Agence nationale de la recherche les 25 et 26 février 2020, lorsqu’elle expliqua que, s’agissant des règles juridiques de recrutement, la LPPR n’interviendrait qu’à la marge, c’est-à-dire exclusivement pour « faire sauter les verrous législatifs » – au sens de « verrous » que seule une loi, précisément, a la compétence de faire sauter3. Autrement dit, c’est d’une vraie tournure d’esprit dont il faut s’imprégner si l’on veut que nos critiques de la LPPR fassent mouche : la ministre sait mieux que quiconque que le cadre juridique actuel permet d’ores et déjà de mener à bien la plupart des orientations préconisées par les rapports des groupes de travail en matière d’emplois, comme je vais essayer de le montrer plus loin.

De ce fait, la présence, dans la LPPR, des CDI de mission scientifique et des contrats de professeurs junior ne marque pas tant la réorientation profonde du cadre juridique du recrutement dans l’ESR qu’elle ne témoigne, malheureusement, de ce que l’on en est déjà aux ultimes mesures d’adaptation — ce qui, je le précise pour qu’il n’y ait aucune confusion sur ce point, rend encore plus cruciale la mobilisation actuelle, en forme d’ultime-bataille-jusqu’à-la-prochaine… Si les CDI de mission scientifique et les contrats de professeurs junior figurent dans la LPPR, donc, c’est parce que deux contraintes législatives bien spécifiques doivent être levées :

  • Le « CDI de mission scientifique » a pour objet de contourner la règle de la transformation obligatoire en CDI des relations contractuelles d’une durée supérieure à six ans – une règle qui, il faut le rappeler, n’a été introduite en France en 2005 que parce qu’il s’agissait d’une obligation européenne (directive du 28 juin 1999). Dans la lignée du « CDI de chantier ou d’opération » d’ores et déjà applicable « dans les établissements publics de recherche à caractère industriel et commercial et les fondations reconnues d’utilité publique ayant pour activité principale la recherche publique » depuis la loi PACTE du 22 mai 2019 (cf. art. L. 431-4 du code de la recherche et décret du 4 octobre 2019 fixant la liste des établissements et fondations concernés : CEA, IFREMER, CNES, Institut Pasteur, Institut Curie, etc.), l’objectif n’est rien d’autre, autrement dit, que de créer un CDI — un CDI aux conditions de rupture particulièrement souples — permettant d’éviter d’avoir à cédéiser.
  • Le « contrat de professeur junior », quant à lui, n’a pas seulement pour objet, comme le dit la ministre (séminaire des nouveaux directeurs et directrices d’unité, CNRS / CPU, 4 février 2020), de permettre le « recrutement de scientifiques sur une première période de 5 à 6 ans, en prévoyant des moyens d’environnement spécifiques », car s’il ne s’agissait que de cela, la LPPR serait parfaitement inutile (ce genre de contrat est déjà possible en droit public français). Si la LPPR intègre ces nouveaux contrats, c’est très précisément parce que l’objectif est de créer une « track » vers la « tenure », c’est-à-dire une procédure dérogatoire de titularisation en droit de la fonction publique, par la reconnaissance d’un privilège d’accès aux corps de maître de conférences et de professeur dans un établissement déterminé, et ce hors des voies d’accès normal à ces corps. Et cela, seule une loi, techniquement, peut le faire.

J’en arrive donc au point principal de mon intervention : en dehors de ces deux « adaptations » qui nécessitent une loi — en l’occurrence : la LPPR — le cadre juridique de l’enseignement supérieur permet d’ores et déjà de recruter massivement par la voie contractuelle — et, grâce à cette voie, d’organiser, pour ce qui concerne spécifiquement les enseignants-chercheurs qui nous succéderont, le contournement de la procédure de qualification nationale, la modulation des tâches et en particulier des services d’enseignements, ou encore la variation des rémunérations. Autant de points qui sont précisément ceux contre lesquels nous nous mobilisons actuellement, mais qui — il est important d’en avoir conscience — ne seront donc pas introduits par la LPPR, puisqu’ils sont déjà là. C’est cela que je voudrais essayer de rappeler à présent.

 II.—

Ruined mausoleum, by Ferenc Kobli, 2017

Premier rappel : le recrutement contractuel illimité organisé par la loi du 6 août 2019 de transformation de la fonction publique.

La loi du 6 août 2019 de transformation de la fonction publique a ouvert la possibilité d’un recrutement illimité (c’est-à-dire non plafonné) par la voie contractuelle dans les établissements publics de l’État, y compris dans les établissements publics à caractère scientifique, culturel et professionnel (EPSCP : les universités). De ce point de vue, cette loi franchit un seuil juridique : dans les établissements publics de l’État, le recours à des agents contractuels ou à des fonctionnaires devient indifférent, alors que jusqu’ici, l’occupation des emplois répondant à des besoins permanents par des fonctionnaires était le principe, et le recours aux agents contractuels, l’exception (et ce, quand bien même, depuis une vingtaine d’années, le champ de cette exception avait progressivement été étendu). Un point n’a pas suffisamment été signalé, à cet égard : le projet de loi de transformation de la fonction publique excluait initialement de la nouvelle règle « les emplois pourvus par les personnels de la recherche »4.

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  1. On sait seulement qu’une telle habilitation est envisagée, et on se souvient que le ministère n’hésite pas à utiliser cette voie pour provoquer des transformations juridiques considérables des règles applicables aux universités : cf. l’ordonnance du 12 décembre 2018 relative à l’expérimentation de nouvelles formes de rapprochement, de regroupement ou de fusion des établissements d’enseignement supérieur et de recherche. []
  2. Très peu d’éléments ont été dévoilés à ce stade, en revanche, s’agissant de la réforme des contrats doctoraux et post-doctoraux, ce qui est inquiétant. []
  3. Dans le même sens, cf. les propos de Philippe Baptiste, conseiller éducation, enseignement supérieur, jeunesse et sports au cabinet du Premier ministre, qui, lors de sa rencontre avec une délégation de sociétés savantes le 25 février 2020, a présenté les contrats de professeur junior comme étant un des points « moins fondamentaux » de la LPPR. []
  4. v. le projet de loi déposé le 27 mars 2019 ou le projet de loi adopté par l’Assemblée nationale en procédure accélérée le 28 mai 2019 []

Alerte sur le concours des directrices et directeurs de recherche du CNRS en 2020

La section 38 du Comité national de la recherche scientifique exprime ses très vives inquiétudes concernant l’organisation du concours 2020 pour accéder au corps de directeur et directrice de recherche.

En tant que jury d’admissibilité des concours de CRCN et de DR, la section s’inquiète des recommandations officieuses de la direction du CNRS. Leur mise en œuvre menace l’équité entre les candidat.e.s, l’intégrité juridique du concours et remet en cause l’autonomie et la souveraineté des jurys.

Le concours DR est ouvert statutairement aux candidat.e.s remplissant les conditions d’admissibilité (internes et externes). Or, depuis des années, le jury d’admission évince quasi-systématiquement les collègues non CNRS des classements établis par les jurys d’admissibilité pour ne pas avoir à créer de postes. Aujourd’hui, au contraire, les recommandations officieuses de la direction enjoignent chaque section à sélectionner et classer des candidats DR identifiés comme des « stars internationales ».

Ainsi Antoine Petit explique :

« On recrute cette année 250 chercheurs permanents : 240 CRCN + 10 DR externes. Ces postes seront ‘affichés’ en CID50 (Gestion de la recherche) mais de manière ‘fictive’. Chaque section pourra classer des DR externes en jury d’admissibilité, mais ensuite la décision des 10 DR externes recrutés se fera en jury d’admission DR, toutes sections confondues. Si le/la candidat.e DR externe classé.e par la section n’est pas sélectionné.e par le jury d’admission, alors un DR interne sera pris sur la liste complémentaire établie par la section. » (Compte-rendu des élus du Conseil Scientifique du CNRS du 21, 22 novembre 2019)

Nous constatons que :

  • Cette politique de recrutement cible des candidat.e.s de rayonnement international, venant de l’étranger ou de l’industrie (notamment des lauréats du programme Make Our Planet Great Again). Elle repose sur un présupposé inacceptable : les candidats issus d’un parcours professionnel à l’étranger seraient de meilleur niveau et représenteraient un meilleur potentiel pour la recherche française que les jeunes chercheur.e.s (formé.e.s en France ou ailleurs), ou que nos collègues CRCN et enseignant.e.s-chercheur.e.s des universités françaises. Cela reste à démontrer, et le très haut niveau du concours de chargé.e.s de recherche du CNRS nous en donne chaque année des contre-exemples.
  • Cibler les lauréat.e.s de programmes préfigurant les carrières tenure tracks revient à déléguer à d’autres jurys de concours que le nôtre la reconnaissance de « l’excellence scientifique ». Or les sections du CoNRS font un travail approfondi et qualitatif d’évaluation des candidatures, qui va bien au-delà du calcul bibliométrique ou du recensement des bourses et programmes supposément prestigieux obtenus par les candidat.e.s.
  • Ce montage et les critères implicites imposés sont discriminatoires.

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Communiqué du SNTRS-CGT suite à la rencontre avec Frédérique Vidal, à propos de la LPPR-rémunérations, 15 janvier 2020

En passant

Communiqué du SNTRS-CGT suite à la rencontre avec Frédérique Vidal, à propos de la LPPR-rémunérations, 15 janvier 2020

En attendant le communiqué préparé par Sud Education et Sud Recherche, paru le lundi 20 janvier, seul syndicat invité par Frédérique Vidal, Ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, le 15 janvier 2020, voici le communiqué du SNTRS-CGT publié ce vendredi 17 janvier 2020.

Communiqué du SNTRS-CGT suite à la rencontre avec Frédérique Vidal,
Ministre de l’enseignement supérieur et la recherche du 15 janvier 2020
sur le thème LPPR – rémunérations

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Connaître ses droits quand on est précaire à l’Université : conseils du syndicat Sud éducation

En passant

Un syndicat propose un guide extrêmement précieux pour connaître ses droits à l’Université. Acronymes, types de contrats, congés (maternité, maladie), accidents du travail, contrats dérogatoires, contrats de droit privé : tout y est bien expliqué. Pour bien commencer l’année 2020!

Lien :

CoCNRS: rapport du jury d’admissibilité de la section 39 (concours 2019)

La section 39 (Espaces, territoires et sociétés) du CoNRS vient de mettre un rapport sur le précédent concours: conrs39.free.fr/2020/documents

À cette occasion, Academia publie une nouvelle collection: “Rapports de concours

NB: la section 38, qui ne fait pas de rapport sur le concours 2019, signale la mise à jour des recommandations aux candidat-es.

Toute honte bue (III) : histoire moderne; philosophie

En passant

Lu sur Twitter: À on vous propose d’enseigner l’histoire moderne à temps plein mais payé à mi-temps. Ce n’est malheureusement pas une blague et encore moins une exception. N’est-ce pas ?

Évidemment cet établissement public de l’enseignement supérieur n’a ouvert aucun contrat d’ATER comme vous pouvez le voir ci-dessous. Et ici :