Universités et écoles d’ingénieur publiques : la fin annoncée de la quasi-gratuité ?

  • Par Jean-Didier Zanos, Université de Rouen

« On ne pourra pas rester durablement dans un système où l’enseignement supérieur n’a aucun prix pour la quasi-totalité des étudiants(…) »

Emmanuel Macron, 13 janvier 2022

Les écoles d’ingénieurs publiques, dont les droits de scolarité sont arrêtés par l’État et donc le gouvernement, sont historiquement quasi-gratuites en France (environ 600 euros par an). Un vaste mouvement est à l’œuvre pour mettre fin cette quasi-gratuité. L’attaque a commencé principalement à partir de 2015. Suite à divers arrêtés ministériels, sont déjà devenus payantes à ce jour : Télécom ParisTech, Télécom Bretagne, Télécom SudParis, Mines (Paris, Saint-Étienne, Alès, Douai, Nantes, Albi-Carmaux), Ponts-ParisTech, ENSAE, ENSAI, SUPAERO, ENSTA-Paris, ENSTA-Bretagne.Nous donnons plusieurs exemples dans l’annexe ci-dessous

Une augmentation des droits universitaires à bas bruit

Ce mouvement se poursuit toujours aujourd’hui. Il reste en effet de nombreuses autres écoles d’ingénieurs publiques encore quasi-gratuites (notamment les Arts et Métiers, les INSA, les ENSI…). Il eut été en effet politiquement beaucoup trop risqué de rendre payantes d’un coup toutes les écoles publiques d’ingénieur. En revanche, le faire les unes après les autres et de façon assez discrète, semble jusqu’à présent ne susciter presqu’aucune opposition, si ce n’est localement au coup par coup pour chaque école en particulier (anciens élèves, FAGE, UNEF et sections syndicales locales).

Au printemps 2021, en pleine pandémie, les élèves des Arts et Métiers ont réussi, par leur très forte mobilisation et presqu’à eux seuls, à s’opposer à un projet visant à rendre cette école payante. Ce succès est presqu’un cas unique (avec également, semble-t-il, Grenoble-INP en 2019). Actuellement, ce sont les INSA qui sont à leur tour dans le collimateur.

200 à 300 étudiants manifestent devant le campus des Arts et métiers à Lille, le 29 mars 2021. • © Thomas Millot – France Télévisions, 2021

Mais une chose est désormais certaine : le sort des écoles d’ingénieurs publiques et des universités est intimement lié comme le montre la déclaration d’Emanuel Macron :

« On ne pourra pas rester durablement dans un système où l’enseignement supérieur n’a aucun prix pour la quasi-totalité des étudiants (…) »

— E. Macron, 13 janvier 2022, discours devant les présidents d’université).

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Parcoursup a échoué à rendre acceptable la pénurie de places dans l’enseignement supérieur

Thibaud Boncourt, maître de conférences en science politique, président de la commission d’examen des vœux Parcoursup de la licence science politique, université Paris-I Panthéon-Sorbonne, nous propose un bilan sous forme de tribune en trois temps : 1. Produire un classement juste est impossible ; 2. Cette injustice génère une frustration propre à alimenter l’extrême-droite ; 3. Plutôt que modifier le modèle d’affectation, nous ferions mieux de modifier le modèle de création de places.

  • par Thibaud Boncourt, maître de conférences en science politique, paru initialement dans Le Monde, 22 mai 2021

À l’été 2017, des milliers de néo-bacheliers se sont retrouvés sans proposition d’affectation dans l’enseignement supérieur. Parmi eux, d’excellents candidats présentés par Frédérique Vidal comme les victimes d’une “injustice”, car écartés des formations auxquelles ils prétendaient, non du fait de leurs résultats, mais à cause du tirage au sort opéré par la plate-forme “Admission Post Bac” (APB).

Confronté, dans les termes d’Edouard Philippe, à  “une immense insatisfaction, un sentiment de gâchis et de colère dans les familles” (Le Monde, 30 octobre 2017), le gouvernement a remplacé APB, en 2018, par Parcoursup et remis le “mérite” au centre de l’admission dans l’enseignement supérieur. Les établissements ont alors été appelés à classer eux-mêmes les candidatures, en fonction d’une série de “critères” et d’ “attendus”.

Cette réforme n’a pas réglé le problème de fond : l’enseignement supérieur n’est toujours pas en capacité d’accueillir tous les candidats, chaque année plus nombreux, dans les filières de leur choix. Elle a simplement visé à rendre l’éviction d’une partie d’entre eux plus acceptable, en écartant “l’injustice” du tirage au sort.

Amertume et sentiment d’injustice

Trois ans plus tard, l’échec de cette stratégie est patent. Parcoursup, comme APB, continue d’alimenter l’incompréhension et les sentiments d’injustice. L’amertume suscitée par les résultats d’admissibilité à Sciences Po Paris, publiés la semaine dernière sur la plate-forme, en est l’illustration la plus récente. Elle est emblématique des déceptions que produisent, chaque année, les classements des nombreuses filières “en tension”.

https://www.flickr.com/photos/soulsurvivor08/14936835887/in/photolist-oKVbVe-SrRRW-dfoBGP-5tV3Av-6YkeWe-iRpgP-6vQoQA-5ChNKn-6HC9cQ-efiAQ-hziwx-83ji75-6Ypf2A-8ofewt-cK7kZ1-83jy9Q-emU748-sCtjN-6YkiRk-dbv7ry-3bxukP-e81EL-737Gss-6yeUF-8uW9Qr-5f3soD-kiYDf-dG9yWw-7VN1zH-nw1HeH-429qz-7ZG2L-NHULd-3FxJ6-9Zehzd-4kdxR-3ehUT9-83jAuo-8P8sGj-KrwHRU-hziwy-aip2xw-8ar7wZ-7ZT9N8-um7eca-83g5hK-d7jTCu-8isEcQ-48isEm-6YkgXX

Passifore. Crédit: Bree McGhee, 2017

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Les étudiant·es fantômes

  • par des étudiant·es de Licence 1 de science politique, Université de Montpellier

Crédit photo:  Debs (ò‿ó)♪, 2010

Validation du plan “Bienvenue en France” : le Conseil d’Etat enterre l’égalité entre étudiant·es

Ce mercredi 1er juillet, le Conseil d’Etat a rendu sa décision en réécrivant totalement la décision du Conseil constitutionnel concernant le recours intenté par: UNEF, ASEPEF (Association des Étudiants Péruviens en France), FESSEF (Fédération des Étudiants Stagiaires et Sénégalais de France), AJGF (Association des Jeunes Guinéens de France), ADEEF (Association Des Etudiants Egyptiens en France), SNESUP-FSU, FERC CGT, FERC Sup, Solidaires Étudiant•e•s et FO ESR contre le plan “Bienvenue en France” et la multiplication par 15 des frais d’inscription pour les étudiant•e•s non-européen-ne-s.

De 30% à 40% des coûts globaux de formations soit 4000 euros : une somme modique selon le Conseil d’Etat…

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