Archives mensuelles : mai 2020
Après tout ce temps confiné
Troisième tentative. La bonne? A regarder jusqu’au bout… pic.twitter.com/AJZEYpGtdD
— Gérard Desportes (@desportesg) May 8, 2020
Les nouveaux villains, par Janine (5)
- sur le blog de Janine,
profondément remerciée par l’équipe d’Academia toujours #engrèveetconfinée, surtout qu’une nouvelle série domestique « Faire faire le sale boulot sale » est sortie, pas piquée des hannetons non plus
Épisode 1 – Épisode 2 – Épisode 3 – Épisode 4
Épisode 5
Marseille villes confinées
Marseille, ville confinée
Les universités, l’enseignement à distance et le Covid-19 (1/2)
- par David Soldini, Université de Paris-1 Panthéon Sorbonne
Alors que nos universités vivent depuis quelques semaines un des psychodrames dont elles ont malheureusement l’habitude au sujet des modalités d’examen ou de contrôle des connaissances à appliquer cette année, il peut être utile de prendre le temps de réfléchir quelques instants à la situation inédite à laquelle les universitaires sont confrontés et, surtout, à la manière dont cette crise va modifier, en profondeur, les métiers universitaires et l’université toute entière.
En premier lieu, il faut remarquer et apprécier une véritable révolution spirituelle chez bon nombre de collègues, hier réticents et même hostiles à l’idée d’enseigner en ligne, de se faire enregistrer et diffuser, et qui semblent s’être convertis très rapidement à ces nouvelles méthodes, au point d’exiger, aux quatre coins de la France, l’organisation d’examens en ligne afin de sanctionner les cours en ligne ! Alors qu’il y a quelques semaines, beaucoup refusaient catégoriquement de se laisser filmer en cours, considérant qu’il s’agissait d’une insupportable atteinte à leur liberté de parole ou d’enseignement, ils défendent aujourd’hui avec véhémence la conversion de l’université au tout numérique, examen compris, ce qui n’a pourtant jamais été envisagé même par les plus numériques d’entre nous. Étonnant revirement. Bien sûr, il convient d’interpréter ce nouvel amour pour ce qu’il est, c’est-à-dire un simple flirt passager lié aux circonstances particulières du confinement et la manifestation d’une addiction à l’examen et à la sélection qui frappe beaucoup d’universitaires.
Toutefois, pour quelqu’un qui s’est battu presque dix ans pour développer la politique de pédagogie numérique de son université, cela reste un phénomène plaisant à observer. Naturellement, comme souvent, les nouveaux convertis se montrent imprudents, excessifs et bien trop zélés. Leur amour naissant les fait oublier bien des enjeux, comme la protection de la vie privée ou le nécessaire respect de l’égalité entre étudiant∙es. Il convient, maintenant qu’ils ont la foi, de les faire réfléchir sur l’outil hier haï et aujourd’hui vénéré. Il y a urgence car si la conversion totale au numérique est une vue de l’esprit confiné, la réflexion sur ces outils désormais popularisés mais toujours méconnus doit désormais s’envisager dans une perspective de profonde rénovation de l’université que la crise sanitaire a complètement bouleversé au point de rendre un retour à la situation antérieure difficilement envisageable.
Des limites de l’enseignement numérique
Une des premières choses qu’il convient de rappeler est le fait que l’équation « cours présentiel = cours à distance » n’a jamais été vraie. Il y a une différence de nature entre les deux et il faut davantage envisager leur complémentarité plutôt que de les croire substituables. D’ailleurs, il ne s’agit pas d’établir une hiérarchie entre ces deux formes d’enseignement ! Dans certains cas, l’enseignement à distance se montre plus efficace que l’enseignement présentiel : il permet aux étudiant∙es de travailler en fonction de leur propre emploi du temps, ils peuvent revoir les interventions enregistrées, les utiliser pour apprendre puis réviser, poser leurs questions au milieu de la nuit ou en plein dimanche avec l’espoir de recevoir une réponse, rarement immédiate mais dans un délai raisonnable.
10 mai 1981
En passant
L’autre université que nous souhaitons !
- par le Collectif de précaires de l’Université de Caen
La crise que nous vivons actuellement révèle au grand jour, sous une forme sensible et immédiatement perceptible, l’impasse dans laquelle mène le modèle néolibéral. Elle a montré à quel point les biens communs, les services publics, au premier rang desquels l’hôpital public, avaient été soumis à l’austérité budgétaire et à la mise en concurrence généralisée au détriment de la santé. De même, les conditions du confinement ont révélé une fois encore les fractures sociales et territoriales qui structurent le pays.
Cette crise a illustré l’importance de nombres des moins considéré.es d’entre nous : les ouvrières et ouvriers « non qualifié·es » comme les éboueuses et éboueurs ; les aides soignant·e·s ; les infirmièr·e·s ; les salarié·e·s de la grande distribution ; et tant d’autres qui ont été mis·es en danger pour permettre aux services essentiels de continuer à tourner. Certaines de ces professions connaissent souvent la précarité et méritent une meilleure considération.
Des services publics déstructurés, des brutalités policières dans « les quartiers populaires » qui ne s’arrêtent plus, une pénurie des moyens de protection élémentaires comme les masques et le gel hydroalcoolique, des situations de famine dans certains départements français : est-ce ça le progrès tant vanté par les chantres de la « start-up nation » ? Ces idéologies ont failli. Il n’est plus acceptable de devoir quémander et compter sur le bon vouloir d’institutions austéritaires pour l’obtention d’un travail digne de ce nom, de subventions, de masques ou de nourriture ! La crise du coronavirus n’a pas généré ces modes de gestion des services publics, basés sur la pénurie généralisée dont nous souffrons déjà au quotidien depuis longtemps, elle les a simplement rendus plus saillantes.
Toutefois, avec le déconfinement, à l’heure où la « haute société » priorise la reprise économique à la santé des gens, il n’est plus temps de se limiter aux diagnostics, aux expressions abstraites de solidarité et aux vœux pieux d’un « monde d’après » qui n’aboutira que si nous le construisons ensemble. Il est en effet vain d’attendre des mêmes institutions qui ont échouées hier à anticiper puis à gérer la crise, de nous en sortir demain. Au contraire, il faut impulser un nouvel imaginaire d’émancipation et construire collectivement un commun radicalement autre, à la place de la mise en concurrence généralisé des institutions et des individus, pour l’obtention des moyens concrets de notre subsistance collective.
Cosmos
En passant
- (c) Ch. Rabier
Examens à distance à l’Université de Lille : Solidaires étudiant∙es saisit le tribunal administratif en urgence
Soutenu par la FSE et la section SUD éducation de l’Université de Lille, Solidaires étudiant.e.s a déposé un recours en urgence devant le Tribunal administratif ce 2 mai 2020, demandant la suspension de la décision de l’Université de Lille imposant des examens en ligne à ses étudiant.e.s.
Les modalités d’examen attaquées sont précisées dans un document appelé « Plan de Continuité Pédagogique », adopté le 10 avril par la Commission de la Formation et de la Vie Universitaire (CFVU), instance de l’université compétente en matière d’organisation des formations. Cette décision doit être suspendue, car les examens en ligne constituent une rupture d’égalité entre les étudiant.e.s discriminant les plus précaires (situation de handicap, mauvaise santé physique ou psychologique, accès au numérique fragile).
Des alternatives aux examens en ligne ont été proposées par des élu.es au sein de la CFVU, telles que la note plancher à 12/20, ou a minima le recours exclusif aux examens asynchrones. Toutes ces alternatives ont pourtant été balayées d’un revers de main par la présidence, qui a refusé de les soumettre au vote dans un déni total de démocratie. Tandis que plusieurs universités de France ont fait le choix de la validation automatique du semestre, la CFVU de l’Université de Lille a donc validé, dans la précipitation et l’opacité, la tenue d’examens en ligne, sans aucune considération pour les inégalités qu’ils creusent. Elle est même allée jusqu’à autoriser le recours à la télésurveillance sans aucune information concernant la protection des données, en dépit de tout bon sens et des risques juridiques encourus.
Cet « acharnement à évaluer » et ses dérives ne correspondent pas à la vision que nous portons d’un enseignement supérieur égalitaire et émancipateur, vision qui doit être réaffirmée et non bafouée en contexte de crise sanitaire. Après l’avis qui sera rendu par le juge administratif, nous souhaitons qu’un dialogue constructif soit enfin ouvert avec les instances de l’université de Lille, afin d’envisager toutes les solutions qui permettraient de rassurer les étudiant.e.s, et de surmonter cette crise sans pénaliser aucun.e d’entre eux.elles.
Source : Page Facebook
La réanimation, pour Marie, c’est sa vie, c’est sa passion
Un long chemin de déception… Voici comment je vois mon parcours de médecin hospitalier depuis plusieurs années.
Le bonheur des études
J’ai fait des études de médecine d’une seule traite, sans redoubler, en étant fascinée par tout ce que j’apprenais. J’ai rencontré des médecins extraordinaires qui m’ont enseigné leur savoir, leur savoir-être. Ils m’ont donné l’envie de rester à l’hôpital. J’ai fait une spécialité hospitalière par choix avec l’envie de rendre service.
Une vie de femme
Après un internat, épuisant mais motivant, j’ai été chef de clinique. Puis on m’a annoncé que je n’aurais pas de poste car on ne voulait pas de femme PH, praticien hospitalier, dans le service. Oui, les congés maternité c’est sournois, ça met tout le monde dans la merde… Mes quatre-vingts gardes annuelles, ce n’était pas assez.
Je suis partie passer deux ans à l’étranger. J’ai appris d’autres choses, je me suis passionnée encore plus pour ma spécialité… Et finalement un PUPH, professeur des universités praticien hospitalier, de mon CHU, centre hospitalier universitaire, m’a demandé de revenir, en me promettant que j’aurais une place qui me correspondrait.
Avaler des couleuvres
Je suis revenue en perdant plus de la moitié de mon salaire. Et j’ai retrouvé un CHU encore plus dysfonctionnel qu’avant. Une guerre larvée entre le chef de l’unité et le chef du département. Conflit de loyauté. J’étais loyale au PUPH, chef de mon département, qui me faisait participer à des projets de recherche. Du coup mon chef d’unité a commencé à pourrir mon planning. Gardes et astreintes ingérables, aucun respect de mes desiderata pourtant peu nombreux.
Un jour on m’a annoncé que j’allais dans un autre service car il y avait eu des départs. Pas le choix, désignée d’office en mon absence. J’ai quitté le service. Je suis devenue remplaçante, je n’ai plus eu la passion de ce que je faisais, une réanimation qui ne se fait qu’en CHU, plus de greffes, plus d’assistances cardiaques, plus de recherche clinique, mais plus autant de pression. Alors j’ai entendu ma ministre et ses conseillers.
En apnée permanente
J’ai repris un poste de PH en périphérie. Dans une bonne équipe. Mais la lutte permanente — pour avoir des lits pour sortir les patients, avoir des médicaments pour soigner, avoir des produits sanguins — me tue à petit feu. Vous pensez que c’est avec le covid qu’on est en difficulté, mais nous, c’est presque tous les jours qu’on a du mal à transférer nos patients qui ont besoins de chirurgie cardiaque ou de neurochirurgie en urgence. Notre CHU est débordé par la situation. Il est quasiment impossible de joindre un service sans utiliser le numéro de portable d’un copain ou d’un ancien interne. Restrictions budgétaires à tous les étages, il n’y a plus personne pour répondre au standard.
Pendant la crise du covid, les médecins ont quelque peu repris la main et l’organisation a été beaucoup plus fluide, notamment avec un groupe régional WhatsApp qui nous a permis de gérer les disponibilités des lits, les renforts…
Un hôpital de managers
Mais cette crise, à peine terminée, revient l’administration au grand galop pour nous faire faire des économies. On pinaille pour nous délivrer les médicaments. On nous demande si vraiment la plaquette, qu’on demande à 3 heures du matin, c’est bien nécessaire ! Ou si on peut décaler la transfusion à 12 heures le lendemain, parce qu’on en a qu’une et que ce serait mieux de la garder pour la maternité au cas où… Bien sûr, en réanimation à 3 heures du matin, on prescrit des plaquettes pour s’amuser mais en fait ça peut attendre, d’ailleurs probablement que si on attend assez le patient sera mort et on en aura pas eu besoin… Parce que si on l’utilise soit on fait venir une autre plaquette du CHU ce qui coûte un transport de nuit, soit s’il y a une hémorragie de la délivrance on en a plus et une jeune mère risque de mourir.
De colère en résignation
J’ai fait médecine pour sauver des gens, pour soulager les douleurs, apaiser les patients et leurs familles, soigner du mieux possible. On m’a appris à très bien le faire, avec un niveau d’exigence très élevé.
Cela fait moins de 10 ans que j’ai fini mon internat et mes semaines s’enchaînent de colère en résignation. Je ne supporte plus de voir une dissection aortique mourir sous mes yeux après avoir passé six heures à essayer de lui trouver un bloc. Je ne supporte plus de soigner un paludisme à la quinine parce qu’on a pas d’artésunate. Je ne supporte plus de demander de l’urokinase au pharmacien comme si ma propre vie en dépendait… La réanimation c’est ma vie, ma passion, je ne sais pas quoi faire d’autre, mais j’ai peur de ne pas pouvoir continuer comme ça.
Source : Marie de la réa (intertitres et mise en forme : Le Partageux)
Lien:
- “Depuis cinq jours, c’est la douche froide” : les soignants redoutent un retour en arrière à l’hôpital public après l’épidémie de coronavirus, avec interview d’Agnès Hartmann, France Info, 7 mai 2020.
Compassionate leave
- by Ingrid de Kock, Unlocked: Poems for critical times (Part One), Daverick Citizen, 30 mars 2020
Almost everyone’s on leave,
gone away
to the countryside
in threadbare trucks
to pay respects
in rooms and huts
to watch and pray for dying ones
shrunken under sheets,
to vigils through the night
in closed-off streets
where grandmothers prepare
small and smaller funeral feasts
after truncated prayers
chanted by tired priests
over cardboard caskets
in the deathwatch heat.
Gone to taxi ranks and stations
to wait for information
from billboards, radios,
word of mouth and trumpets in the sky
where ubiquitous hadedas,
unlike Auden’s mute impervious birds
blast their high shofars
over each infected space.

Gosiame carries newborn brother Umpile while standing outside their family house in Johannesburg after President Cyril Ramaphosa declared a National State of Disaster as a result of the Covid-19 pandemic. (Photo: EPA-EFE / Kim Ludbrook) L
From Seasonal Fires: New and Selected poems, Umuzi, 2006 DM/ MC/ ML
Suggestion de Myriam Houssay-Holzzschuch
Hommage aux soignant∙es mort∙es du COVID-19
Après le confinement…
« As it used to be » de Clément Gonzalez (Collectif 109, 2012)
Présentation par Irène Langlet, Université Gustave Eiffel
Depuis 2001, le « 48 Hour Film Project » est une compétition annuelle qui invite de jeunes réalisateurs à réaliser un court-métrage à contraintes (en 48h, en tirant au sort genre, personnage, objet, réplique). Après avoir remporté la victoire à Paris en 2011 avec le film « Casse-gueule », Clément Gonzalez a rencontré le succès à nouveau avec « As it used to be » en 2012 (mise en ligne 2013), qui développe en deux séquences et 8’13’’ quelques puissantes images associées à l’enseignement à distance (EAD) dans les universités. Le concours se tient dans une centaine de centres urbains du monde entier ; c’est à Johannesburg que Clément Gonzalez et son « Collectif 109 » ont tourné « As it used to be », dont la carrière a débuté de façon foudroyante par une avalanche de programmations et de récompenses1, avant de ressurgir en 2020 par la grâce d’une généralisation brutale et massive de l’EAD dûe aux mesures de confinement.
L’Université de Johannesburg prête son architecture brutaliste aux décors de cette courte histoire de near future, comme l’ont fait ensuite les structures de la Bibliothèque Nationale de France dans la série Tripalium (Arte, 2016), ou auparavant les célèbres Espaces d’Abraxas de Noisy-le-Grand dans de nombreux films, de Brazil (1985) à Hunger Games (2012). L’Université de Johannesburg est d’ailleurs également réputée pour avoir lancé les premiers diplômes 100% à distance d’Afrique du Sud en 2017 et 20182 – et ses étudiant·es se sont fortement mobilisé·es en avril dernier pour faire entendre la voix des moins bien équipé·es des leurs3.)
Le charisme des deux acteurs du film, l’intelligence et l’émotion de cet aperçu de la passion d’enseigner font dire à Clément Gonzalez que le court-métrage, depuis le début, a rencontré l’adhésion aussi bien des étudiant·es que des professeur·es. Il confie également qu’un projet d’extension en long métrage est en écriture depuis quelque temps. Le moment ne serait pas mal choisi pour développer un récit de contre-dystopie, où des voix persévèrent à résonner entre les murs des amphis.
Academia remercie vivement Clément Gonzalez de nous avoir autoriser à diffuser son film et Irène Langlet pour se présentation.
Lien:
- Tous les cours à distance ? Ce court-métrage l’avait imaginé !,Par Marine Dessaux, Campus matin,
- Liste des programmations et distinctions du film, sur Vimeo. [↩]
- Businesstech, « University of Johannesburg launches 4 new online-only degrees and diplomas », 11 juin 2018. [↩]
- eNCA (eNews Channel Africa), « Call to suspend online learning at UJ », 17 avril 2020, URL (mai 20). [↩]
Embrasement
En passant
- (c) Damien Dole










