Déclaration sur les manifestations en cours en France et sur l’affirmative action par la Western Society of French History

Version originale – en ligne sur le site de la WSFH

La Société occidentale d’histoire de France déplore la mort de Nahel M., adolescent français de parents algériens, âgé de dix-sept ans, à la fois fils, joueur de rugby et livreur, qui est la dernière victime des violences policières en France. Faute de disposer d’informations précises les médias, comme lors des manifestations de 2005, ont décrit la France comme un pays “en feu” ou “en train de s’embraser”, tandis que les politiciens ont accusé la culture urbaine des jeunes, le comportement de leurs parents ou le manque d’intégration, en relation avec l’immigration. Quant à celles et ceux qui sont descendus une nouvelle fois dans la rue, ils considèrent que, comme Nahel M.,  c’est leur  corps “arabe”, “musulman” ou “étranger” qui fait l’objet du maintien de l’ordre. Cependant, nous appartenons à une société savante dont nombre des membres étudient, au cours de l’histoire, les événements et les lieux qui ont produit les conditions des protestations de masse en France et dans d’autres espaces francophones, à l’instar de celles qui ont gagné tant de banlieues, de cités, de rues et d’autres zones urbaines ces derniers jours. Nous entendons rendre hommage à la vie de Nahel M. et aux innombrables autres vies anéanties avant la sienne, ainsi qu’à celles et ceux qui se reconnaissent dans ces dernières, en poursuivant notre enquête sur l’histoire de lieux tels que Nanterre, ainsi que sur le processus du colonialisme, du racisme et d’autres systèmes qui ont façonné et continuent de façonner les espaces français et francophones et les expériences des personnes qui y vivent.

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Racisme systémique dans les sciences : nos réponses comptent

Plus de dix ans après la publication de On Being Included. Racism and Diversity in Institutional Life, de Sara Ahmed (Duke University, 2012), Academia continue son investigation du problème du racisme dans l’enseignement supérieur, qui touche autant les admissions à l’université en France que les sciences elles-mêmes. Suite à la décision de la Cour suprême des États-Unis de cesser d’exiger une politique égalitaire d’accès à l’enseignement supérieur sur des critères raciaux — qu’on appelle abusivement en français “discrimination poisitive” — Agustin Fuentes rappelle que l’ensemble de l’activité scientifique, de la recherche à la formation à la recherche, qui doit prendre à bras le corps la question des fondements racistes des théories et des pratiques savantes aux États-Unis  et ailleurs. 

Des quantités considérables de données et d’innombrables études réunies au cours de décennies de recherche scientifique établissent sans le moindre doute que les discriminations et les inégalités basées sur des critères raciaux (en d’autres termes, causés par le racisme) ont eu lieu par le passé et continuent encore aujourd’hui dans l’ensemble de la société aux États-Unis (on peut en dire autant de beaucoup d’autres pays). L’enseignement supérieur américain est l’un des lieux où le racisme a commencé à être documenté et continue de l’être encore, encore et toujours. Sans surprise, six des neuf juges de la Cour suprême des États-Unis ont récemment choisi de ne pas tenir compte de ces éléments factuels et de prôner l’admission dans les établissements d’enseignement supérieur « sans tenir compte des critères de race ».

Je dis « sans surprise » parce que les six juges en question ont maintes fois fait la démonstration que les positions et les convictions idéologiques qui leur sont propres les conduisent à rejeter la thèse bien étayée de l’existence d’un racisme systémique. Mais ce qui est profondément dérangeant, c’est que cette même approche idéologique consistant à ne pas tenir compte de résultats aussi manifestes est également répandue parmi nombre de scientifiques. Ne pas tenir compte volontairement de données facilement accessibles et d’analyses bien étayées ne devrait pas être le fait de personnes qui exercent un métier scientifique.

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Princeton University flower show. Crédit: Gary Liu, 2014

Certains scientifiques estiment que le racisme systémique ne constitue pas en lui-même une menace majeure pour la science, mais que ce sont plutôt les efforts déployés par la communauté universitaire, les institutions scientifiques et les revues pour limiter les conséquences du racisme et pour mettre en place des structures antiracistes qui posent problème. De telles déclarations se retrouvent dans des articles, des éditoriaux, et des essais universitaires, soutenant la thèse selon laquelle c’est plutôt la lutte contre le racisme dans les sciences qui pose problème, et que la qualité et l’avenir de la recherche scientifique en pâtissent.

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Meurtre de Nahel: motions de l’ESR

L’Association française de sociologie et la CGT EHESS viennent de prendre position publiquement, s’inquiétant de la montée de l’extrême-droite.


Sur les révoltes en cours dans les quartiers populaires

Motion de l’AG de l’Association française de sociologie du 6 juillet 2023

Le meurtre par la police la semaine dernière de Nahel, un jeune de 17 ans, livreur, racisé, habitant de Nanterre, a suscité un vif émoi dans la population. Cet assassinat a provoqué une colère légitime de la part de celles et ceux qui vivent au quotidien l’expérience croisée de différentes discriminations, la précarité, les violences de la part de l’État, et les restrictions de circulation par les contrôles policiers. Il a aussi donné lieu à une contre-mobilisation réactionnaire : une collecte en ligne a ainsi réuni plus d’un million d’euros pour soutenir le policier qui a tué Nahel ; l’extrême droite en a profité pour organiser des manifestations racistes dans plusieurs villes ; deux syndicats de police sont même allés jusqu’à développer un discours ouvertement factieux.

Ces événements nous amènent forcément à interroger le rôle des sciences sociales, alors que nous sommes réuni·e·s lors du 10ème congrès de l’Association Française de Sociologie, dont le thème, « intersections, circulations », résonne tout particulièrement avec cette actualité.

Les sciences sociales, et en particulier la sociologie, ont pour vocation d’analyser le monde et de proposer des explications, mais aussi de déconstruire les discours et les pratiques qui naturalisent et justifient les différentes dominations sociales imbriquées (racisme, sexisme et exploitation notamment).

Parce qu’elles jouent ce rôle, les sciences sociales sont particulièrement importantes, et c’est pourquoi il est d’autant plus préoccupant qu’elles soient aujourd’hui attaquées, dans un contexte de montée depuis plusieurs années de la répression et de l’autoritarisme, de la militarisation du maintien de l’ordre (notamment lors des révoltes de 2005 ou plus récemment lors du mouvement des Gilets jaunes, pour ne citer que ces deux exemples).

C’est pourquoi le congrès de l’AFS rassemblé en AG le jeudi 6 juillet 2023 apporte son soutien aux revendications légitimes qui émanent des quartiers populaires : vérité, justice et égalité. L’AFS dénonce les violences policières systémiques, s’indigne contre la « justice » expéditive et la répression judiciaire lourde à laquelle nous assistons depuis plusieurs jours, et s’inquiète de la montée de l’extrême-droite.

 

 

 

Marche pour Adama déplacée à République, paèrs l’interdiction de la préfecture du Voil d’Oise pour celle de Beaumont-sur-Oise

CGT EHESS. Nous faire entendre, 7 juillet 2023

La CGT EHESS s’associe au deuil et à la colère exprimés dans un communiqué signé par de nombreuses organisations syndicales, associations et organisations politiques, après le meurtre du jeune Nahel Merzouk par un policier à Nanterre le 27 juin (communiqué du 1 juillet 2023).

Déjà 5 morts après des refus d’obtempérer présumés depuis le début de l’année, dont Alhoussein Camara, 19 ans, tué il y a deux semaines au volant de sa voiture par la police à Angoulême alors qu’il se rendait au travail avant l’aube. Cette série de jeunes hommes racisés tués ou visés par la police – refus d’obtempérer ou pas – s’est allongée ces derniers jours : Mohamed B., jeune père de 27 ans, livreur à scooter, est mort d’une crise cardiaque à Marseille la nuit du 1er au 2 juillet, victime d’un tir de LBD, d’après le parquet ; Aimène Bahouh est dans le coma depuis le 30 juin, après avoir été visé par un tir d’agents du RAID mobilisés en Meurthe-et-Moselle alors qu’il ne faisait, d’après les premiers éléments de l’enquête, que passer à proximité en voiture.

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Notre pays est en deuil et en colère. Manifestons le 8 juillet 2023

Notre pays est en deuil et en colère. Le meurtre de Nahel tué par un policier à bout portant à Nanterre, a mis à nu les effets de décennies de politiques publiques discriminatoires et sécuritaires ciblant notamment les quartiers populaires et la jeunesse qui y grandit et particulièrement les personnes racisées et précarisées. L’escalade des violences est une impasse et doit cesser. La conception essentiellement répressive de la police, et l’évolution législative de 2017 sur l’usage des armes de service, aggravent ce que la population vit et subit que ce soit en termes de discriminations et de pratiques racistes.

Les tensions entre population et police viennent de loin et s’inscrivent dans une histoire marquée d’injustices, de préjugés, de violences, de discriminations, de sexisme… et d’un racisme systémique qui traverse l’ensemble de la société et qui n’est toujours pas éradiqué.

Les habitant·es des quartiers concernés et notamment les femmes pallient bien souvent seul·es les carences en termes de services publics. C’est bien la régression de ceux-ci, l’école, les lieux de partage et de culture, sportifs, la poste, les administrations etc. et le recul du soutien de l’État au tissu associatif qui ont largement contribué à marginaliser ces quartiers et des territoires entiers bien au-delà, particulièrement dans les Outre-mer.

L’abandon de ces populations de quartier est aggravé par le contexte économique d’appauvrissement, d’inflation, de hausse des loyers, des prix l’énergie et la réforme de l’assurance chômage. Les inégalités sociales touchent particulièrement les enfants et les mères isolées. C’est ce que montrent les révoltes qui ont secoué les quartiers populaires depuis quelques jours en réaction à la tragédie de Nanterre.

En plus de décennies de dérives d’une politique du maintien de l’ordre, de lois sécuritaires (loi sécurité globale, loi séparatisme…) et de mesures d’exception, nous assistons depuis quelques jours à des pressions du gouvernement pour mettre en place une justice expéditive. Le prononcé de mises en détention préventives systématiques avec des peines de plus en plus lourdes n’est pas acceptable !

L’urgence n’est pas celle de la répression qui ne fera que renforcer l’extrême-droite et fera reculer une fois de plus les droits et libertés.

L’apaisement durable n’est possible que si le gouvernement prend les mesures nécessaires pour répondre à l’urgence de la situation et aux exigences des populations concernées.

L’ONU a critiqué à plusieurs reprises les politiques sécuritaires et les problèmes institutionnels de racisme en France, en particulier dans les forces de l’ordre.

Ce sont les discriminations qui sont un poison toxique qui décrédibilise l’idée même d’égalité et sème le désespoir.

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Communiqué unitaire: Appel pour la jeunesse populaire

La mort dramatique de Nahel à Nanterre a mis en lumière les tensions toujours très fortes dans les quartiers populaires de France qui dépassent le seul cadre des violences policières et sont liées aux injustices et discriminations subies au quotidien. Elles nécessitent une réponse politique de court et de long terme.

Nous, signataires de cette tribune, sommes convaincu-es que l’avenir de la société se joue dans la place qu’elle parvient à faire, notamment à toutes les jeunesses. Nous exigeons un plan ambitieux qui permette de sortir par le haut d’une situation que les gouvernements actuel et passés ont contribué à créer et ont laissé dégénérer.

Une grande partie de la jeunesse subit le racisme au quotidien, victime de préjugés, de discriminations, et de violences. Un climat idéologique d’ensemble stigmatise en particulier les musulman.es ou celles et ceux qui sont perçu.es comme tel.les et notamment les jeunes. C’est cette situation-là qui ne peut plus durer.

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“Où sont les femmes racisées dans la salle ?”

Est-ce que vous faites votre boulot ?

  • par Vinciane Mandrin

En avril 2023, j’ai été invitée à intervenir dans un colloque1 autour du travail d’Audre Lorde essayiste et poètesse américaine, bibliothécaire, militante féministe, lesbienne et noire. Je suis artiste et j’ai une pratique de l’écriture et de la recherche, mais je n’étais jamais intervenue dans un colloque auparavant. Cette proposition m’est apparue comme un défi enthousiasmant.

On m’a prévenue en amont que cette intervention ne serait pas rémunérée mais que mon trajet et mon hébergement seraient pris en charge, et j’ai donc décidé d’accepter ces conditions en connaissance de cause. Les propositions de travail non rémunéré sont fréquentes pour les travailleur·euses de l’art, et j’accepte pour ma part de travailler gratuitement dans certains contextes militants, si je suis défrayée et/ou que cela ouvre des possibilités très claires de rémunération future. Dans le cas de ce colloque, j’ai accepté en me disant que cela me permettrait d’avancer dans mon travail de recherche et de découvrir le travail de chercheuses et de traductrices d’Audre Lorde. Mes ami·es chercheur·euses m’ont aussi informée que les interventions dans des colloques universitaires étaient très rarement rémunérées car pensées comme faisant partie du contrat de chercheur·euse. J’ai donc accepté de jouer le jeu d’outsider non affiliée à un labo. J’ai commencé à travailler sur mon intervention, qui portait sur ma rencontre avec l’écriture d’Audre Lorde et ses effets sur ma pratique de l’écriture et de la pédagogie artistique. Je m’étais promis de ne pas y passer trop de temps, et j’ai finalement travaillé pendant une grosse dizaine d’heures sur cette intervention, à la fois par enthousiasme pour mon sujet et par peur de ne pas être à la hauteur.

De la blanchité

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Portrait d’Audre Lorde, 1980. Crédit: K. Kendall

En arrivant à l’université pour assister à la première journée du colloque, j’ai découvert, non sans stupeur, que la grande majorité des intervenantes et du public étaient blanches.

Dans cette pièce où on allait passer la journée à parler d’Audre Lorde, il y avait deux personnes non-blanches, et aucune personne noire. Mon malaise a grandi au cours de cette première journée, mais je n’ai rien réussi à dire. J’ai fini par décider de partir avant la fin, en me demandant si je voulais intervenir le lendemain, dans ces conditions. En rentrant dans ma chambre d’hotel, j’avais besoin de formuler ma colère, ma frustration, ma lassitude.

J’ai donc rédigé ce texte, d’une traite, et j’ai décidé de le lire avant mon intervention.

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  1. Je reste volontairement floue sur le contexte de ce colloque, parce que je ne souhaite pas accuser
    des personnes en particulier, mais bien dénoncer des responsabilités collectives face à une situation qui est généralisable à un grand nombre de milieux professionnels et universitaires, et qui résulte de mécanismes d’oppression systémiques. [↩]

Racisme dans les écoles de journalisme : l’inaction

En passant

Academia reproduit des extraits d’un excellent article de Margaux Houcine sur le racisme ordinaire dans les écoles de journalisme, car il pointe des processus à l’œuvre plus généralement à l’université. Moqueries quotidiennes à l’endroit des personnes, mobilisation de stéréotypes, absence de sanctions, sanctions trop faibles — et promotion des élèves responsables de comportements et de discours racistes —, irresponsabilité des institutions en toute connaissance de cause et resposnabilisation des étudiantes vicitimes. Un article vraiment éclairant.

Le 3 juillet 2018, Libération publiait un article intitulé « La rédaction de Libé est-elle blanche ? », après un selfie publié sur Twitter.

Enquête : Entre déni et inaction, le racisme s’ancre dans les écoles de journalisme,

  • par Margaux Houcine, GuitiNews, 16 mai 2023

Extraits. Insultes, stéréotypes, humiliations… Là où les journalistes de demain se forment aux questions sociales, politiques et économiques, les clichés racistes persistent, et les promotions restent en majorité blanches. Dans les écoles de journalisme, les femmes racisé·e·s subissent la double peine.

Le 21 mars dernier, des journalistes signent une tribune dans Libération pour déplorer le manque de diversité raciale dans les médias, créant ainsi la première association de journalistes non-blancs : l’AJAR, pour Association des journalistes antiracistes et racisé·es.

Quelques jours après sa création, l’association publie une suite de messages sur Twitter. Des journalistes et étudiants en journalisme issus de diverses formations racontent les insultes ou remarques racistes prononcées par des camarades ou des enseignant·e·s. Cas isolés ou répandus ?

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Précarité et résilience en Europe : récits d’universitaires en migration

Migrant Academics’ Narratives of Precarity and Resilience in Europe, Olga Burlyuk et Ladan Rahbari  eds. OpenBook Publishers, mai 2023. DOI: https://doi.org/10.11647/OBP.0331

Ce volume accueille récits d’universitaires migrants du Sud global au sein d’universités du Nord global. Les contributions autobiographiques et autoethnographiques à ce recueil visent à décoloniser le discours sur la mobilité universitaire en mettant en lumière les expériences de précarité, de résilience, d’attention et de solidarité dans les marges universitaires.

Les auteurices utilisent la précarité pour analyser la situation dans les universités, des pratiques d’embauche à la division du travail “culturellement” acceptée, en passant par les formes systématiques de discrimination, la racialisation, les hiérarchies entre hommes et femmes, etc. S’appuyant sur la précarité en tant que concept critique pour contester l’exclusion sociale ou former des collectifs politiques, les auteurices prennent leurs distances avec des styles académiques conventionnels, adoptant plutôt l’autobiographie et l’auto-ethnographie comme méthodes d’analyse universitaire intersectionnelle. Cette approche remet en question de manière créative les divisions entre le système et la personne, la raison et l’âme, l’objectif et le subjectif, ainsi que la science, la théorie et l’art.

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Travail d’archive (11). À Jussieu, un mort

Academia se lance dans la mise en ligne progressive d’archives (tracts, photos, …) des luttes universitaires, afin de réinscrire les combats actuels dans une histoire. Deuxième billet, après celui de la semaine dernière.

Le document mis en ligne aujourd’hui, à l’occasion de la journée de mobilisation du 28 mars 2023 contre la réforme des retraites, date du printemps 1980 et résonne, 43 ans plus tard, avec notre triste actualité. Entre mai 1980 et mars 2023, il y a beaucoup de différences, bien sûr, mais aussi d’étonnantes similitudes. En 1980 comme en 2023, la police, gangrenée par le racisme, est terriblement brutale, et l’on ne sait plus bien si le gouvernement n’ose plus la recadrer ou a la claire conscience qu’elle représente son dernier rempart. En 1980 comme en 2023, les universités bouillonnent et les forces de l’ordre interviennent directement dans les campus. En 1980 comme en 2023, des textes xénophobes réformant le statut des étrangers sont en discussion – et il est loin d’être sûr que, point de vue xénophobie, ceux de 2023 soient en-deça de ceux de 1980.


En mémoire d’Alain Bégrand.

Photos Marc Fontanel et Marc Bulka / Agence Gamma, 1980

Verso de la photographie précédente

Cette photographie est issue d’un tirage original de l’agence de photographie parisienne Gamma, doublement créditée à Marc Fontanel et Marc Bulka. On y voit deux jeunes hommes courir devant des affiches du film Johnny got his gun, au niveau de la tour 16 du campus de Jussieu – donc à l’angle de la rue Jussieu et de la rue des fossés Saint-Bernard à Paris. Ils sont masqués, l’un deux porte un bâton ou une barre, et l’on ressent, dans la rapidité de leurs mouvements comme dans leurs regards, une grande tension.

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Attaques des « Waffen-Assas » contre des étudiant·es rue d’Ulm

Communiqué suite à l’attaque des « Waffen-Assas »
sur des étudiant·es mobilisé·es contre la réforme des retraites


Combattons le danger de l’extrême droite néo-nazie !

Dans le cadre de la mobilisation du 23 mars contre la réforme des retraites, un cortège commun au départ de l’ENS s’est fait attaquer rue d’Ulm, une centaine de mètres avant la place du Panthéon. Une quinzaine de militants d’extrême-droite cagoulés, casqués, armés de gants coqués, de parapluies, postés en guet-apens, ont surpris le cortège d’étudiant·e·s de l’ENS et d’Assas. Des coups ont été portés sur les camarades de la première ligne du service d’ordre auto-organisé et composé d’étudiant·es volontaires. Passé le premier moment de choc, le cortège les a fait déguerpir, en leur courant après aux cris de « Tout le monde déteste les fachos ! ». Cette attaque lâche a été revendiquée par les « Waffen-Assas », groupuscule néo-nazi mobilisé en représailles du blocage organisé par les étudiant·es d’Assas.
Cette attaque n’est qu’une preuve supplémentaire de l’hypocrisie et de la violence des membres de l’extrême-droite, qui prétendent lutter contre Macron alors qu’ils sont en réalité ses alliés objectifs. En s’attaquant aux blocages, aux grèves et désormais à l’intégrité physique des manifestants, ils dévoilent leur vraie nature : milice armée de la bourgeoisie néolibérale. Ils cherchent par la terreur à imposer un projet de société toujours plus raciste et violent, un projet néo-nazi comme le nom qu’ils se sont donné l’atteste.
Nous condamnons fermement cette attaque et nous ne nous laissons pas intimider. Nous poursuivrons la lutte en renforçant notre organisation dans le quartier face aux groupuscules fascistes. Contre la réforme des retraites et l’extrême-droite, le combat continue, ils ne passeront pas !

L’assemblée générale du 24 mars réunie à l’ENS Ulm en présence d’étudiant·e·s mobilisé·e·s de l’ENS d’Ulm, de l’ENSAD, d’Assas et de l’ESPCI

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Mourir du Bac : racisme ordinaire ?

Le baccalauréat est le premier diplôme de l’enseignement supérieur. Enseignantes-chercheuses et enseignants-chercheurs en président les jurys départementaux. Depuis la réforme Blanquer, aucune épreuve ne s’est tenue régulièrement : épreuves anticipées bloquées, sujets éventés, notation révisée suivant les consignes du ministère, etc.

Mais l’ignoble n’avait pas encore eu lieu : laisser un lycéen agoniser sans aide, sous prétexte qu’il ne fallait pas arrêter l’épreuve au lycée Gaston Berger.

Nadir, qui souffrait d’une grave cardiopathie, est tombé devant les autres candidat·es et, laissé sans assistance. Il est devenu bleu sans qu’aucun adulte n’ait rien fait, ni appelé les pompiers. Une élève, au bout de 20 minutes, l’a placé en position latérale de sécurité.

https://www.lavoixdunord.fr/1306321/article/2023-03-22/ronchin-l-emotion-apres-le-deces-de-nadir-pendant-les-epreuves-du-bac#Echobox=1679500750-5

Nadir et sa maman. Crédit: Voix du Nord, 2022

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Thierry Coulhon aurait-il licencié un agent qui a dénoncé le racisme qu’il subissait au Hcéres ?

https://www.aefinfo.fr/acces-depeche/618965

Thierry Coulhon lors de son discours devant l’HCERES, octobre 2020

Le député Hendrik Davi a fait paraître une question écrite demandant à la Ministre Sylvie Retailleau d’éclairer le public sur le licenciement d’un agent après un long parcours de dénonciation de faits racistes qu’il a subis de la part de ses supérieurs hiérarchiques à l’OFIS, au Département des Évaluations des Établissements et de Thierry Coulhon lui-même, faits répréhensibles pénalement. Alors même que l’IGESR avait été missionnée par Sylvie Retailleau sur l’affaire touchant pourtant à une Autorité Publique Indépendante (API), l’agent a reçu une lettre de licenciement non motivée. Hendrik Davi demande de faire la lumière sur l’affaire, de rétablir les instances paritaires.

Et bien sûr, de prendre toute sanction utile le cas échéant.

Islamophobie à l’Inspé Paris ! STOP !

Communiqué de la CGT Sorbonne, 3 mars 2023

En janvier dernier, un article paru dans la presse a fait grand bruit à l’Inspé Paris. Il était intitulé « INFO BLAST : Comment l’islamophobie est enseignée aux futurs profs » et mettait les pieds dans le plat.

Il mettait en évidence le contenu problématique d’un cours sur la laïcité à destination des master MEEF (métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation). Les propos tenus étaient dignes d’Éric Zemmour et ont à juste titre choqué nombre d’étudiant-e-s. Voici la conclusion écrite de la formation de ce cours : «La neutralité en matière religieuse ne signifie pas égalité de traitement entre les religions. […] Une fois posés les objectifs politiques et les idéaux de vie en société, il apparaît que certaines religions entravent plus ou moins l’action politique ou menacent plus que d’autres le corps social », précise le texte qui devient de plus en plus explicite : « si certaines religions sont plus dangereuses que d’autres, il n’y a aucune raison que l’État s’en tienne à une sorte d’égalité de traitement ». Cette sous-partie d’un cours sur l’enseignement de la laïcité ne fait aucun doute sur la religion ciblée :

« Si l’objectif est la préservation d’un art de vivre traditionnel et le maintien d’une certaine conception des rapports homme-femme, l’Islam, qui est une religion non traditionnelle en terre française, devra être combattu (sic) plus que le catholicisme »

Depuis plusieurs années, nous savions qu’il y avait des problèmes dans la commission laïcité qui avait déjà invité des islamophobes notoires lors de journées de formation des formatrices et formateurs. En 2017, une intersyndicale 75 CGT, CFDT, Sud avait déjà dénoncé cela.

Institut national supérieur du professorat et de l’éducation (INSPÉ), 1 0 rue Molitor (Paris, 16e). Détail du fronton. Credit: Polymagou – CC-BY-SA

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Stop au racisme à l’IUT de Mantes-la-Jolie

Après l’agression physique et verbale d’un étudiant à l’IUT de Mantes-La-Jolie par un professeur, les étudiant·es ont bloqué l’accès à l’établissement le 14 février 2023. L’agression a lieu à plusieurs signalements pour propos racistes de la part de plusieurs enseignant·es et arrêt de travail pour troubles anxieux consécutifs effectués auprès de la présidence de l’Université Versailles Saint Quentin, qui aurait discrètement suspendu un enseignant pour 30 jours et ouvert une cellule d’écoute, dispositif jugé insuffisant par les étudiant·es qui attendent la tenue d’une enquête et d’une commission disciplinaires et la mise en place d’un véritable plan de lutte contre le racisme à l’UVSQ. Communiqué de l’Union des étudiant·es des Yvelines, qui lance un appel à témoignanges pour recenser des propos des actes qui ne sont pas isolés au seul IUT de Mantes-la-Jolie.

Dans la presse

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Tables rondes : Le racisme dans le champ universitaire

Il y a quelques mois nous revenions ici sur l’épisode des Suppliantes qui avait eu lieu en Sorbonne en 2019. Il y avait eu une volonté à l’époque de monter un collectif antiraciste, mais nous étions bien trop peu nombreux et nombreuses, et si peu soutenu·es. 

Près de 4 ans après, nous assistons aux touts débuts du collectif étudiant Savoir Critique ! Ils organisent leur premier événement ce mois-ci. Si vous pensez qu’il est nécessaire que ces discussions puissent avoir lieu à l’université, partagez l’information, déplacez-vous, soutenez les !