
Tasse CNRS, s.d. [années 1990], coll. part.

Tasse CNRS, s.d. [années 1990], coll. part.
Academia reproduit un tribune publiée dans Le Monde daté du 8 mars 2024 sous le titre Violences sexuelles. « Ce qui se passe dans le milieu du cinéma se passe aussi ailleurs, à l’université, dans les écoles, dans l’édition ». Plusieurs membres de la rédaction en ont initié l’écriture ou en sont signataires. Academia, à la suite de Mediapart, documente depuis 2019 les violences faites aux femmes universitaires, du harcèlement ordinaire sur les listes professionnelles au meurtre, en passant par la prédation du travail, les violences sexistes & les agressions sexuelles, les viols, l’emprise, le harcèlement moral, le licenciement, les menaces de mort, le déni ou plutôt la maltraitance institutionnelle, et leurs effets, à commencer les atteintes à la santé physique et mentale, la censure, l’auto-exclusion jusqu’au suicide, soit plus de 250 billets décrivant la façon méthodique de nier atteintes majeures à l’égalité et à la sécurité des conditions de travail des femmes à l’université.
Ce billet rend ainsi hommage à toutes celles qui ont pris la plume ou le clavier pour offrir à toutes et à tous des outils pour décrir et analyser les violences subies à l’intersection du genre, mais aussi de la race, du handicap, de la classe — et donner aux autres des moyens, y compris judiciaires, pour se défendre.
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Toutes, nous les connaissons toutes, toutes ces histoires qui circulent quand même, en dépit du silence, entre chercheuses, entre enseignantes, entre étudiantes, entre éditrices, entre écrivaines, entre artistes, collègues, amies, à l’université, dans les maisons d’édition, dans les festivals de littérature, dans le monde des arts. Des histoires comme on se donne des nouvelles des dernières victimes recensées, des dernières injustices accomplies.
Jamais la Littérature n’a adouci les mœurs : dans les départements de Littérature, dans les laboratoires, dans les UFR, mais aussi dans toute l’université, dans les bureaux des maisons d’édition, dans toutes les coulisses possibles de l’écriture littéraire et scientifique, dans les coulisses de la création. Dans les couples aussi. La condamnation du professeur émérite, spécialiste du lyrisme et poète, Jean-Michel Maulpoix [Prix Goncourt de poésie 2022, auteur Gallimard] à dix-huit mois de prison avec sursis1 pour « préjudice » infligé à son épouse, rencontrée quand elle était étudiante, chercheuse et enseignante en lettres, confirme que ni la Littérature, ni l’université, ne sauvent les femmes.
Depuis que nous sommes étudiantes, depuis que nous sommes doctorantes, depuis que nous sommes enseignantes, depuis que nous sommes assistantes d’édition, éditrices, écrivaines, chercheuses, artistes, depuis que nous sommes vacataires, précaires, depuis que nous sommes jeunes ou vieilles.
À chaque étape, nous avons subi ou pris connaissance d’injustices, d’agressions, de viols, d’intimidations, de silences imposés, menaces, brutalités, opérations en tous genres qui rabaissent, de vols de savoirs, de chantages, de destructions d’œuvres, même.
De l’impunité sous toutes ses formes.
Relayant le travail de veille universitaire du compte Twitter de La Rasbaille, Academia signale la parution dans la revue Feminist Media Studies d’un article scientifique intitulé “Digital vulnerabilities and online harassment of academics, consequences, and coping strategies. An exploratory analysis“ (“Vulnérabilité numérique et harcèlement en ligne des universitaires, conséquences et stratégies d’adaptation. Une analyse exploratoire”), qui intéressera plusieurs des lecteurs et lectrices d’Academia, concernée·es.
Face à la multiplication de signalements qui révèlent un système ancien de violences sexistes et sexuelles et plus largement d’inégalités, la section 17 adopte la motion suivante :
La section 17 du CNU rappelle son engagement en faveur de l’égalité professionnelle et de l’égalité de traitement, notamment l’égalité de genre. La section 17 du CNU est ainsi composée de manière paritaire.
La section 17 du CNU s’engage également à œuvrer à une meilleure prise en considération des effets des violences sexistes et sexuelles sur les parcours et les contextes d’exercice professionnel (abandons, changements de direction, ralentissements, arrêts, etc.).
La section 17 du CNU demande une procédure qui informe les membres de la section des sanctions disciplinaires prononcées les 5 dernières années pour les candidat·es à la promotion, au CRCT, à l’avancement de grade et aux primes.
Au moment de l’examen de l’évolution de la carrière, la section 17 du CNU s’engage à prendre en considération les responsabilités liées à l’instruction et aux suivis des violences sexistes et sexuelles, nous invitons les candidat·es aux promotions, congés et primes à l’indiquer expressément dans leur dossier.
La section 17 du CNU encourage à ce que les formations «éthique et intégrité scientifique» dispensées aux doctorant·e·s intègrent un volet sur les violences sexistes et sexuelles et encouragent des pratiques professionnelles déontologiques, notamment concernant les relations entre enseignant·es et étudiant·es.
L’engagement de la section 17 du CNU passe par la reconnaissance des travaux et des collègues qui œuvrent à penser ces questions ; la section les encourage donc, que ce soit au travers de recherches ou d’enseignements au sein des établissements d’exercice.
À Paris, le 30 janvier 2024
Les quotidiens L’Alsace et Dernières Nouvelles d’Alsace viennent de publier une enquête fouillée par Catherine Chenciner sur les défaillances des dispositifs de signalement à l’Université de Haute-Alsace, situation qui est « assez symptomatique de ce qui se passe au niveau national ». Le harcèlement moral est pourtant légalement répréhensible dans la fonction publique (Article L135-6 A du Code de la fonction publique).Extraits.
Alors que la récente affaire Bertrand Pauvert1 professeur de droit public condamné pour harcèlement sexuel à l’encontre d’un étudiant, est dans toutes les mémoires à l’Université de Haute-Alsace (UHA) à Mulhouse, d’autres faits commencent à être dénoncés. Plusieurs membres du personnel décrivent ainsi, non sans émotion, un profond mal-être découlant de la dévalorisation systématique de leur travail, qu’il s’agisse de l’organisation de leurs cours ou de tâches administratives, devant leurs pairs ou les étudiants, de la part de collègues ou d’une hiérarchie directe. […] Des « violences morales » graves et répétées durant des mois, qui ont eu pour effet de leur faire perdre toute confiance en eux, de les « isoler », voire de les rendre malades. […].
Bien que l’UHA affirme avoir une tolérance zéro vis-à-vis des violences sexistes et sexuelles et mis en place, la réalité est bien autre. La défaillance de l’institution, aux procédures peu professionnelles, sans respect du principe de confidentialité, qu’Academia a déjà mis en évidence pour l’UPEC, représente une nouvelle atteinte pour les victimes. Selon ces témoins, non seulement saisir la cellule ne les a pas protégé·es, bien au contraire.
Le RUCHE, Réseau Universitaire des Chercheurs et Chercheuses en Histoire Environnementale, est un réseau pluridisciplinaire réunissant des personnes originaires de diverses universités et autres établissements d’enseignement supérieur ou secondaire, ou intéressé-e-s par l’histoire environnementale. Lors de l’assemblée générale de l’association de décembre 2022, certain·es membres ont exprimé leur difficulté à atteindre la parité ou une meilleure diversité dans le programme final d’un colloque ou la table des matières d’une publication et ce, malgré leur bonne volonté.
En réponse à ce constat, le groupe de travail « inclusivité » du RUCHE a rassemblé de la documentation et recensé plusieurs pistes pour atteindre une meilleure inclusivité lors de l’organisation de colloques. Ce document entend par inclusivité l’attention envers l’ensemble des inégalités sociales et des discriminations, notamment — et non exclusivement — les questions de genre et d’avancement de carrière.
| → Pour télécharger le Guide « Pour des colloques inclusifs » 2023 du RUCHE ← |
Ce guide a vocation à être diffusé le plus largement possible, n’hésitez pas à le disséminer, lors de colloques ou via vos réseaux de recherche et dans vos institution, mais également à faire des retours et faire connaître vos suggestions au groupe !
Pour information. Je ne suis pas payé·e. Que faire ? Retards de paiement et intérêts moratoires, SNUipp, 26 novembre 2021
« Une mentalité basée sur la minimisation (des faits), déni (de la souffrance) et culpabilisation (de la victime) » : voilà, en résumé le fondement de la politique de l’Université catholique de Louvain du traitement des violences au travail telle que le présente un rapport de 14 expert∙es indépendant∙es présidé par l’éminente juriste Françoise Tulkens. Alors que sa publication a été retardée de quatre mois, le rapport Tulkens atteste du « climat sexiste et de domination patriarcale » de l’Université catholique de Louvain, faisant de la recherche un « tuyau percé », les femmes victimes n’ayant souvent d’autre choix que de se taire ou de quitter l’université. Alors que le rapport Tulkens avait déjà été évoqué par Le Soir et sur la RTBF, et rendu public au début du mois d’octobre, le site Apache a découvert qu’il manquait des annexes contenant des éléments à charge dans une affaire de sexisme et de harcèlement au sein de la plus grande université francophone de Belgique qui n’est pas encore terminée.
Un rapport sur des comportements abusifs contient des éléments incriminant l’UCLouvain, par Liesbet De Kock (Apache), Traduction de l’original en néerlandais (Rapport over grensoverschrijdend gedrag bevat bezwarend materiaal voor UCLouvain), 24 octobre 2023
Le 18 octobre dernier, l’UCLouvain a enfin rendu public un rapport interne très attendu sur
les comportements abusifs. Ce rapport Tulkens fait état d’un « climat [de travail] sexiste et de domination patriarcale » et d’un « sentiment d’impunité généralisé ». Mais l’université n’a pas publié les annexes du rapport original.
Les recherches d’Apache établissent que ces derniers contiennent des éléments à charge dans le cas de la professeure Caroline Nieberding. Il y a plusieurs années cette dernière avait décidé de rompre le silence sur le sexisme et le harcèlement vécus quotidiennement au sein de son groupe de recherche. Elle a en payé le prix.
Le recteur Vincent Blondel a nommé un groupe d’expert∙es indépendant∙es en mars 2022. Ce panel devait étudier les questions de comportement abusif, de harcèlement et d’abus de pouvoir à l’Université catholique de Louvain (UCLouvain). Un examen complet des structures de signalement et des procédures de plainte existantes était également demandée.
| Comportement abusif ou transgressif (grensoverschrijdend gedrag) implique qu’une personne cause du tort à autrui physiquement, mentalement ou émotionnellement. Cela se manifeste par exemple par des intimidations sexuelles, voire des abus sexuels, des brimades, de la discrimination ou des agressions. Les comportements transgressifs peuvent survenir n’importe où, y compris au sein des organisations et des entreprises, où le concept est utilisé en vue de qualification pénale. |
Le rapport du groupe d’expert∙es est prêt depuis le mois de juin, mais les autorités de l’UCLouvain ont longtemps refusé de le rendre public. Le rapport est en ligne depuis le 18 octobre, mais sans les annexes qui faisaient partie du document original. Ces annexes, comme l’a constaté Apache, contenaient des éléments à charge dans une affaire qui ébranle l’UCLouvain depuis longtemps, celle de la professeure Caroline Nieberding.
En février 2022, le climatologue de renommée internationale Jean-Pascal van Ypersele avait compilé ce qu’il disait être un dossier épais comme le poing sur des abus majeurs au sein de l’institut où il était lui-même employé. À l’époque, l’UCLouvain était loin d’être la seule université où de tels témoignages se faisaient entendre.
Le groupe d’experts nommé par le recteur Blondel était présidé par la professeure Françoise Tulkens, ancienne vice-présidente de la Cour européenne des droits de l’homme. Elle a remis un volumineux rapport au Rectorat en juin dernier, après plus d’un an d’enquête.
Apache a examiné le rapport intégral de la Commission Tulkens et a découvert qu’un certain nombre d’annexes manquaient. Deux d’entre elles ont particulièrement retenu l’attention. Il s’agit de lettres que la Commission Tulkens a envoyées en urgence au Rectorat à l’automne 2022.