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Information sur l'emploi en sciences humaines et sociales

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#BoycottExLibris!

Ex Libris (groupe Clarivate) est la société israélienne qui commercialise Alma, le principal Système de Gestion de Bibliothèque (SGB) utilisé par les établissements documentaires universitaires français. Son acquisition par Proquest (2015) puis par Clarivate (2021) soulève d’importantes problématiques relatives à la protection de la vie privée1, puisque par cette fusion, la société Ex Libris (Clarivate) ne s’est plus contentée de fournir des services de bibliothèque, mais est devenue une entreprise d’analyse des données, utilisant les bibliothèques universitaires comme « conduits de données personnelles »2, en vendant les données de ses utilisateur·ice·s académiques à des tiers. D’après l’initiative à but non lucratif Invest in Open Infrastructure, « bien que l’ampleur des dommages que ces sociétés d’analyse de données causeront aux institutions de recherche soit encore inconnue, les analyses et les prédictions sont notoirement biaisées et invasives dans tous les secteurs, conduisant à une surveillance discriminatoire, à des arrestations et à des décisions biaisées sur qui peut ou ne peut pas participer au marché, et au marché des idées.»3

Ex Libris commercialise ses produits auprès des bibliothèques de l’université hébraïque de Jérusalem et de l’université d’Ariel, cette dernière ayant été construite au sein de la colonie en Cisjordanie homonyme afin de faire avancer l’agenda politique des partis de droite israéliens souhaitant pérenniser l’occupation israélienne et saper la possibilité d’une autodétermination palestinienne. La liberté académique y est fortement restreinte puisque le personnel universitaire d’Ariel doit s’aligner avec l’agenda politique de la colonie qui la soutient, et les collègues israélien.ne.s dissident.e.s appellent à agir pour la défense de leurs propres libertés (le Conseil des Présidents des université israéliennes a condamné la décision du gouvernement d’accorder à cette institution le statut d’université), mais aussi celle des Palestinien.ne.s qui ne peuvent circuler librement dans cette colonie, ni accéder sans permis aux établissements universitaires implantés sur leur territoire4. Il est donc probable que dans le contexte universitaire israélien et particulièrement dans les universités implantées dans les territoires occupés, la société Ex Libris (Clarivate) collabore activement par l’analyse de données personnelles à la répression de la liberté académique et à la surveillance des voix dissidentes sur les campus israéliens.

De façon plus générale, la mise à disposition d’Alma, solution logicielle maintenue par Ex Libris, auprès de l’Université d’Ariel5 participe au maintien illégal de l’occupation israélienne en Cisjordanie. Or, la France a voté la résolution adoptée par l’Assemblée générale des nations unies le 18 septembre 2024 par laquelle elle doit “prendre des mesures pour que [ses] nationaux et les sociétés et entités relevant de [sa] juridiction ainsi que [ses] autorités, s’abstiennent de tout acte qui impliquerait la reconnaissance de la situation créée par la présence illicite d’Israël dans le Territoire palestinien occupé ou qui constituerait une aide ou une assistance au maintien de cette situation.”6 Très vraisemblablement, les financements versés par les établissements supérieurs français à Ex Libris (Clarivate) au titre de ses prestations pour la fourniture de SIGB constituent indirectement une assistance au maintien de la situation créée par la présence illégale d’Israël dans les territoires palestiniens occupés.

Aujourd’hui, il est possible d’agir contre ces marchés publics.

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  1. ‘Resources – Library Freedom’ <https://libraryfreedom.org/resources/> [accessed 29 May 2025]. 2018 vendor privacy policy scorecard : https://drive.google.com/file/d/1HiPhLJyj_rsJs45bCb4TyeT_llPXr7Sc/view []
  2. ‘The Conquest of ProQuest and Knowledge Unlatched: How Recent Mergers Are Bad for Research and the Public’, Invest in Open Infrastructure, 16 December 2021. []
  3. Ibid. []
  4. ‘The Truth about Ariel University – Israeli Academics for Peace’ <http://israeli-academics-for-peace.org.il/en/the-truth-about-the-ariel-university/> [accessed 26 May 2025]. []
  5. On peut ainsi constater que le catalogue informatisé de la bibliothèque de l’université d’Ariel est l’outil Alma-Primo, solution logicielle d’Ex Libris : https://web.archive.org/web/20231013044132/https://ariel.primo.exlibrisgroup.com/discovery/search?vid=972ARIEL . []
  6. Res ES 10:24 p. 6-7, point 4 et 5. []

Attaque gouvernementale contre l’IRD. « Un État efficace ne se réduit pas à l’élimination de supposés doublons ». Communiqué intersyndical du 24 juillet 2026

Communiqué SNCS-SNTRS-Sud Recherche

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Le gouvernement revendique la construction d’un « État efficace ». Parmi les mesures annoncées figure la « rationalisation » des opérateurs publics, au nom d’une simplification de l’action publique. Derrière ce vocabulaire se cache pourtant une logique bien plus brutale : faire disparaître ou fusionner des établissements jugés redondants. Cette logique atteint aujourd’hui la recherche publique et menace directement l’Institut de recherche pour le développement (IRD) que l’État veut dissoudre dans le CNRS.

Mais, qu’appelle-t-on un doublon ? Qu’est-ce qu’une économie en recherche ?

Deux organismes qui font de la recherche sont-ils nécessairement interchangeables ? Peut-on réduire quatre-vingts années de partenariats, d’expertise, de présence internationale et de confiance patiemment construite, à une simple ligne dans un organigramme ? À ces questions, le gouvernement n’apporte aucune réponse.

Le calendrier lui-même interroge : alors que les décisions se préparent au coeur de l’été, le débat démocratique n’existe pas. Une telle réforme ne peut se faire par une procédure accélérée.

Derrière la rationalisation, une vision appauvrie de l’État

L’efficacité d’un État ne se mesure pas au nombre d’établissements qu’il fait disparaître. Elle se mesure à sa capacité à préserver ce qui constitue ses forces stratégiques.

La recherche publique n’est pas une dépense comme une autre. Le maintien de l’IRD ne grève pas le budget de l’État, il est au contraire un levier pour mobiliser des financements extérieurs et un investissement sur le futur. Il aide à anticiper les conséquences des changements en cours et donc à faire des économies, à moyen et long terme, pour l’adaptation aux changements et la prévention des risques à l’échelle locale, régionale et globale. L’IRD, en effet, produit des connaissances, éclaire les décisions publiques, forme les générations futures et construit des relations internationales face aux bouleversements en cours au plus près des populations des Suds et de l’Outremer. Les recherches de l’IRD sont essentielles pour anticiper et réduire le coût de la lutte contre les dérèglements environnementaux auxquels font face les populations : celles de la France, de ses outremers et des Suds.

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La CP-CNU communique : déontologie, droits différenciés, avancement de grade, précarité

La commission permanente du CNU (CP-CNU) s’est réunie en assemblée plénière le 18 juin 2026.
 

Lors de cette assemblée, la CP-CNU a adopté la charte de déontologie relative aux membres du Conseil national des universités.

Cette charte établit les règles et principes de désignations des rapporteurs ainsi que ceux s’appliquant à l’examen des dossiers dans le cadre des procédures. Elle rappelle que les critères des sections doivent être transparents. Ces critères ne sauraient être uniquement quantitatifs (en particulier, les informations bibliométriques sont fortement déconseillées) mais doivent considérer la qualité de la recherche fondée sur l’appréciation scientifique des travaux par les membres de la section.
La charte rappelle les règles d’équité et d’impartialité ainsi que de confidentialité. Sur ce point, la charte précise que les rapporteurs ne doivent pas utiliser des modes d’analyse et d’évaluation automatisés ou robotisés des dossiers tels que l’Intelligence Artificielle (IA) qui pourraient porter atteinte à la confidentialité des éléments des dossiers.
Enfin la charte préconise que les membres de la section renoncent personnellement à toute demande de promotion au niveau national.

L’assemblée a également voté trois motions :

Le traitement des VSS à l’UPEC : comment le silence pèse

Dans le cadre des élections aux conseils centraux de l’Université Paris-Est Créteil (16 et 17 juin 2026), les listes “Union des personnels pour l’UPEC” — des listes intercatégorielles et soutenues par l’intersyndicale CFDT, CGT, FSU (SNESUP et SNASUB) et SUD — ont ouvert un blog afin de documenter les pratiques d’une université de banlieue qui, bien que portée au quotidien par une multitude de personnels remarquables, dysfonctionne en tant qu’institution, ainsi qu’Academia l’a déjà documenté plusieurs fois. Les situations relatées dans ce blog ne relèvent évidemment pas seulement d’enjeux locaux ; elles illustrent, souvent de manière particulièrement visible, des évolutions qui traversent aujourd’hui l’ensemble de l’ESR. C’est pourquoi plusieurs de ces billets sont reproduits sur notre carnet. Documentons encore et encore ce qui est en cours.

En date du 15 décembre 2025, les personnels de l’IUT Sénart-Fontainebleau reçoivent un mail de la présidente de l’UPEC les informant que leur directeur est « empêché » d’exercer ses fonctions et qu’une direction provisoire prend le relais.

Les enseignant-es, personnels, présent-es alors au sein de l’établissement s’inquiètent : le directeur a t-il eu un accident ? Un problème de santé ? C’est un grand fumeur… Auprès de qui peuvent-ils prendre des nouvelles, peut-on l’appeler ?

Dès lors, un silence épais, entrecoupé de bruits de couloir et de rumeurs diverses, s’installe à l’IUT. « c’est une affaire de harcèlement moral », « non, pas moral, sexuel » «  c’est une affaire de viol », « telle BIATSS est concernée », « oui, mais aussi une enseignante » « et apparemment des étudiantes », « il paraît que telle étudiante était mineure », « mais moi il ne m’a jamais rien fait, je ne peux pas y croire », « oui mais tel collègue masculin qui a longtemps travaillé avec lui savait », « on sait bien de toute façon, il n’est pas le seul concerné, tel autre enseignant est connu pour des attitudes déplacées vis-à-vis des étudiantes ».

Comme dans toutes ces affaires, tout le monde sait ou croit savoir. Comme dans toutes ces affaires, certain-es brandissent la présomption d’innocence et salissent d’ores et déjà des plaignantes dont le comportement n’aurait pas été exemplaire.

Le 2 mai, soit près de 6 mois après ce mail laconique et lacunaire, stupeur et sidération des collègues à la lecture du Parisien.

Capture d’écran, leparisien.fr, 1er mai 2026

L’article parle-t-il du directeur « empêché » ? S’agit-il d’un autre ? Après tout, les cadres formateurs ne manquent pas à l’IUT… et les affaires de VSS ne manquent pas dans l’enseignement supérieur comme ailleurs.

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Résolument antifascistes, hier comme aujourd’hui. Appel à manifester le mardi 3 mars 2026

 

  • Communiqué des syndicats CGT des universités lyonnaires, 25 février 2026

Le moment politique que nous vivons depuis le décès du militant néo-nazi Quentin Deranque nous sidère. Samedi 21 février, un défilé s’est tenu à Lyon avec toutes les nuances de l’extrême droite, enchaînant les slogans racistes, homophobes et les saluts nazis à proximité de nos Universités. Nombre de militants présents sont bien connus pour appartenir à des groupuscules pétainistes, nationalistes-révolutionnaires, ou identitaires. Plusieurs activistes condamnés par la justice pour leur violence ou ayant fondé des groupes d’extrême droite aujourd’hui dissous (l’Oeuvre française, la Citadelle, etc.) étaient présents dans le cortège.

Le danger “pour l’ordre public” représenté par cette manifestation n’a pas été considéré comme justifié par la préfecture et le ministre de l’Intérieur, malgré les appels de plusieurs responsables politiques dont le maire de Lyon. Le danger était pourtant bien réel, et aujourd’hui, faute d’avoir écouté les alertes, la préfecture se retrouve à saisir la justice au sujet de cette manifestation. Livrées à elles-mêmes, les universités n’ont eu de choix que celui de la prudence, en fermant les bibliothèques universitaires et de nombreux locaux sur nos campus ce samedi. Des messages de vigilance, voire d’encouragement à se confiner ont été envoyés à la communauté étudiante. De nombreux évènements festifs et progressistes dans toute la ville de Lyon et aux alentours ont aussi été annulés.

Non à la diabolisation de l’antifascisme !

Nous refusons l’inversion morale du débat public qui consiste à rendre l’extrême droite fréquentable et à diaboliser toutes formes de revendications progressistes. Jamais nous ne renverrons dos à dos le fascisme et l’antifascisme. En revanche, rien ne peut justifier de continuer de frapper une personne déjà à terre, car il ne s’agit plus alors de se défendre. Nous condamnons donc les agissements virilistes qui en sont la cause et nous déplorons le décès de Quentin Deranque.

Photo d'un mur "Soutien aux antifas lyonnais.Vive l'autodéfense populaire", encadré par ses auteurices masquéees

Bruxelles, Belgique. @RadicalGraffiti.bsky.social, 25 février 2026

Nous nous indignons de l’instrumentalisation d’un décès par une frange importante de l’élite politique, patronale et médiatique qui a décidé de pactiser avec l’extrême droite. Cela conduit à une offensive idéologique contre l’antifascisme et le bloc politique progressiste. Elle est menée non seulement par l’extrême-droite mais aussi par des membres du gouvernement, et par une partie de l’Assemblée Nationale, ayant organisé une minute de silence pour la mort du militant néo-nazi, sans égard pour les morts et la violence causés par l’extrême droite ces dernières années, largement documentés par des chercheur·euses et des journalistes.

Une situation locale explosive et connue

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Le nouveau Règlement Intérieur liberticide de Nantes Université au regard du droit

Communiqué du 3 octobre 2024

Vendredi 19 septembre 2025, Nantes Université (NU) a soumis au Conseil académique (CAC) des propositions de modifications du règlement intérieur de l’Université. Syndicats étudiants et professionnels se sont immédiatement mobilisés pour dénoncer son caractère liberticide. Le CAC ayant refusé de voter ce nouveau projet de règlement, l’administration a révisé sa copie, et convoque un CAC exceptionnel le 10 octobre après la tenue du Comité social d’administration (CSA) du 7 octobre. Face à la mobilisation, la présidence s’est finalement décidée à soumettre, le 25 septembre, son projet de Règlement Intérieur à l’ensemble des personnels et des étudiant·es de l’établissement, mais en fournissant une version trompeuse ne laissant pas apparaître l’ensemble des modifications opérées ! Outre rompre avec les principes d’un débat démocratique honnête, la présidence maintient sa volonté initiale de faire passer, en urgence, des dispositions pourtant irrégulières lors du prochain Conseil d’Administration (CA) de l’Université du 17 octobre. L’expertise de l’avocate spécialisée en droits fondamentaux sollicitée par les syndicats démontre en effet le caractère litigieux de ce projet de nouveau règlement, dont nous relevons ici quelques points saillants.

NU piétine la liberté d’expression et la liberté académique

« […] Les forums de discussion, réseaux sociaux et autres moyens de communication sur internet font partie intégrante des espaces de la liberté d’expression. Les usagers et les personnels de Nantes Université publiant sur ces moyens de communication ne doivent pas causer de trouble à l’ordre public ou porter atteinte à la réputation de l’établissement.

Tout usage abusif de la liberte d’expression tel que prevu par la loi, quelle que soit la voie utilisee, pourra donner donnera lieu a des poursuites disciplinaires et/ou penales.

[…] S’agissant des personnels, l’utilisation de ces vecteurs de communication, même en dehors du service, ne les dispense pas des obligations déontologiques auxquels ils sont tenus en tant qu’agents publics ».  Article 4-1

Faut-il le rappeler ? Les enseignant·es chercheur·es, bénéficient « d’une pleine indépendance et d’une entière liberté d’expression dans l’exercice de leurs fonctions » sous les réserves que leur imposent les seuls « principes de tolérance et d’objectivité » (article L. 952-2 du code de l’éducation). Pour leur part, les étudiant·es « disposent de la liberté d’information et d’expression à l’égard des problèmes politiques, économiques, sociaux et culturels » sous les seules restrictions de ne pas porter atteinte aux activités d’enseignement et de recherche et de ne pas troubler l’ordre public (article L. 811-1 du code de l’éducation). L’avocate consultée le dit clairement : l’exercice de la liberté d’expression, même par des opinions qui choquent en raison de leur contenu polémique ou qui heurtent par leur virulence, ne peut en aucun cas donner lieu à des sanctions disciplinaires au motif qu’il serait à l’origine de réactions troublant le fonctionnement de l’établissement ! L’expression, favorable aux étudiant·es, d’un enseignant-chercheur qui s’abstient d’apaiser un climat de tension ne constitue pas non plus une faute, comme l’a déjà rappelé le Conseil d’État à Nantes Université dans une précédente affaire (CE, n°451523, 15 novembre 2022). La jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH, n°17089/03, 29 juin 2009) s’avère elle aussi limpide sur la question de la protection de la « réputation » des universités ou de leurs dirigeant·es critiqués par les personnels ou par les usager·ères : ladite réputation ne saurait « l’emporter sur la liberté d’expression et sur l’intérêt général qui s’attache à l’exercice de cette liberté lorsque sont en cause des questions d’intérêt public » ! En d’autres termes, l’exercice de la liberté d’expression ne saurait se voir sanctionné disciplinairement comme « abusif » par Nantes Université qui en ajoute ici à la loi pénale, celle-ci réprimant déjà et seulement l’injure, la calomnie, la diffamation, les incitations à la haine, à la discrimination ou à la violence, ou encore l’apologie du terrorisme, du révisionnisme ou du nazisme. On ne peut dès lors que dénoncer avec vigueur une telle menace de sanctions disciplinaires promises au seul motif d’un « usage abusif » de la liberté d’expression, notion ô combien subjective !

NU attaque frontalement la liberté de réunion et de manifestation

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Respect de la liberté d’expression et des collègues : communiqué de la société des professeurs d’Histoire ancienne de l’Université

COMMUNIQUÉ DE LA SOCIÉTÉ DES PROFESSEURS D’HISTOIRE ANCIENNE DE L’UNIVERSITÉ (SOPHAU)

Paris, le 18 septembre 2025

La Société des Professeurs d’Histoire Ancienne de l’Université (SoPHAU) exprime sa très viv préoccupation quant au respect de la liberté d’expression et au traitement actuellement réservé à cinq de nos collègues à propos du colloque Les histoires juives de Paris (Moyen Âge et Époque moderne) qui s’est tenu cette semaine au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme (MahJ), à Paris. Les cinq collègues se sont retirés du projet en juillet quand une nouvelle version du programme montrait comme financeurs des organismes en lien avec des institutions gouvernementales israéliennes et le domaine militaire. Ils n’ont pas publicisé leur retrait – qui n’était pas concerté  – n’ont pas appelé au boycott des chercheurs israéliens mais ont dénoncé ce partenariat et la mise devant le fait accompli.

Le 10 septembre, le MahJ a publié un communiqué qui n’est pas conforme aux raisons du retrait des cinq enseignants-chercheurs. De ce fait, et par cette publication, ceux-ci ont été soumis à la vindicte publique et médiatique, la plupart des articles publiés dans la presse et sur les réseaux sociaux étant à charge et relayant la fausse information: de façon très inquiétante, la ministre de la Culture les a accusés d’antisémitisme en invoquant « une question de justice et de politique pénale», le Crif a appelé à des « sanctions», la Licra a dénoncé un « crachat idéologique», un député de l’Assemblée nationale a évoqué une «faillite morale ». Les noms des cinq collègues ont été diffusés sans leur accord et ceux-ci sont victimes, depuis la fin de la semaine dernière, de cyberharcèlement, d’insultes et d’intimidations diverses, de la part d’anonymes et de collègues.

Le 15 septembre, une tribune, comportant de graves inexactitudes dans ses accusations, a été publiée dans Le Monde. Le même jour, deux collègues qui participaient au colloque ont été aussi pris à parti et décriés après avoir publiquement manifesté leur soutien aux cinq collègues et rappelé le nécessaire respect de la liberté académique.

Face aux menaces, deux de nos cinq collègues ont demandé dans l’urgence, le week-end dernier, la protection fonctionnelle de leur université, qu’ils ont immédiatement obtenue: c’est dire l’extrême gravité de la situation aux yeux mêmes des autorités universitaires qui ne peuvent engager à la légère cette procédure.

Que l’on partage ou non leur position, ces cinq collègues n’ont fait qu’exercer leur droit (article

L. 952-2 du code de l’éducation) :

« Les enseignants-chercheurs, les enseignants et les chercheurs jouissent d’une pleine indépendance et d’une entière liberté d’expression dans l’exercice de leurs fonctions d’enseignement et de leurs activités de recherche, sous les réserves que leur imposent, conformément aux traditions universitaires et aux dispositions du présent code, les principes de tolérance et d’objectivité. Les libertés académiques sont le gage de l’excellence de
l’enseignement supérieur et de la recherche français. Elles s’exercent conformément au principe à caractère constitutionnel d’indépendance des enseignants-chercheurs ».

Face aux dérives actuelles et à ces atteintes graves à la liberté d’expression et à la liberté académique, la SoPHAU condamne les intimidations et les menaces dont sont victimes les cinq collègues attaqués; plus largement, elle s’inquiète des opérations politiques, médiatiques et académiques répétées pour empêcher les prises de position critiques à l’encontre des
massacres et des destructions perpétrés par l’actuel gouvernement israélien. Elle assure ces collègues de son soutien ferme et entier.

https://sophau.univ-fcomte.fr/index.php/actualites-alertes/3730-communique-de-la-sophau-respect-de-la-liberte-dexpression-et-des-collegues-18-09-2025

Appel urgent : Gaza, destruction annoncée du dépôt archéologique

Nous reproduisons ci-dessous le courrier d’un archéologue, chercheur associé École biblique et archéologique française, Institut français du Proche Orient

Carte des lieux bombardés du patrimoine de Gaza

“Pour une fois nous allons assister à la destruction du patrimoine de Gaza, destruction annoncée depuis ce matin par l’armée israélienne, en direct. Nous avons gagné quelques heures sur les 30 minutes que l’on nous avait donné ce matin. Quelques heures de répit avec le soutien du Patriarcat pour sauver quelques pièces de la destruction du dépôt archéologique de l’École biblique et archéologique française à Gaza… comment sauver 180 m3 d’artefacts, des dizaine de milliers d’artefacts qui représentent 25 années de travail en quelques heures… Il faudrait plus d’une dizaine de jours dans les conditions actuelles de Gaza pour tout sauver et encore ?

Demain ce sera toute la culture matérielle et ethnologique de l’archéologie de Gaza qui aura disparue.

Les plus hautes instances françaises ont été prévenues,

Si vous avez des idées n’hésitez pas, l’exécution aura lieu ce soir ou au petit jour.”

René Elter, archéologue, chercheur associé École biblique et archéologique française, Institut français du Proche Orient.

le 10 septembre 2025

En salle : Sorry, Baby – un viol ordinaire à l’université

Affiche de Sorry babyPeut-on guérir du trauma d’un viol ? Peut-on devenir une universitaire quand le violeur est votre directeur de thèse ? Tels sont les questions que pose Sorry, Baby, d’Eva Victor, sorti en salle en août 2025.

Drôle et plein de douceur, éclairé de la belle lumière du Nord des États-Unis, ce film pose plusieurs questions à la communauté universitaire précisément :  quelle est la fonction professionnelle du viol, quelle solidarité manifeste le corps académique, quelle réparation possible et pour qui ?

N’hésitez pas à partager votre/ vos analyses de ce film avec Academia.

Sur Academia

Prise de notes pour étudiant·es en situation de handicap

“Les Tremblements de terre”, 1888 (cahier de notes) / Jules Girard. Source: wikimedia commons

Nous profitons d’une question d’un·e étudiant·e qui se questionne sur le rôle de preneur et preneuse de notes pour des étudiant·es en situation d’handicap. Ce billet est une première réponse. Il est appelé à être amélioré pour et par les premièr·es concerné·es.

Le message a été posté par Ner sur Mastodon, et des conseils et expériences personnelles sont à découvrir sur le fil des réponses.

Jugeant la question importante, notamment celle des ressources existantes, Academia a demandé, de son côté, à Elka Parvanova, référente handicap de l’EHESS, et membre du réseau Apaches (Association des Professionnels d’ACcompagnement du Handicap dans l’Enseignement Supérieur). Nous relayons ci-dessous sa réponse:

Un preneur de notes doit surtout être assidu et en cas d’absence doit toujours trouver les notes en faisant appel à d’autres camarades. Le mieux est que les notes soient prises sur ordinateur et non pas à la main, qu’il n’y ait pas d’abréviations. En général, les étudiants bénéficiaires de la prise de notes souhaitent recevoir les notes par mail dans les 24 heures après la séance prise en notes. Ensuite, les besoins de chacun·e sont différents et dans chaque cours on ne prend pas les notes de la même manière. Cela dépend comment se déroule la séance. Il peut s’avérer que dans certains cours il n’y a pas de prise de notes car l’enseignant·e fait regarder des films et souhaite échanger sur les films regardés. En ce cas-là, le ou la preneuse de notes doit avoir le réflexe de transmettre à l’étudiant·e bénéficiaire tous les supports fournis par le ou la professeure. Aussi, cela dépend beaucoup du handicap de la personne pour laquelle les notes sont prises. Par exemple, s’il s’agit d’un·e étudiant·e aveugle, il faut que le ou la preneuse de notes recopie soigneusement tout ce qui est noté sur le tableau.

Il n’y a pas beaucoup de ressources sur le sujet car la prise de notes est une affaire personnelle, chacun·e note ce qu’iel lui semble bien. J’ai remarqué que les étudiant·es en situation de handicap préfèrent avoir un retranscription complète (mot à mot de tout ce qui est dit) mais pour faire cela, il faut des preneurs et preneuse de notes professionnel·les ou bien il faut éventuellement enregistrer tout et retranscrire après, ce qui devient compliqué car cela prend du temps et exige l’accord préalable de l’enseignant·e.

Les structures d’accompagnement recrutent la plupart du temps des étudiant·es étant inscrit·es au même cours, pour plus de facilité. Il peut arriver qu’il n’y ait pas de volontaires pour cette prise de notes au sein du cours en questions. En ce cas-là, les référent·es handicap peuvent procéder au recrutment d’étudiant·es d’autres filières qui prennent sur leur temps libre pour se rendre dans un cours et prendre les notes. C’est la raison pour laquelle que cette deuxième option doit être mieux rémunérée que la première.

Pour en apprendre davantage sur les ESH, voici les liens vers les deux guides existants1

  1. NB: au moment de la publication, les deux liens sont fautifs. []
  2. NB: Le lien officiel est fautif. []

La recherche en colère, par Antoine Chao (France inter)

Reportage d’Antoine Chao, Contre-vents, France Inter ,2 août 2025

En écho au mouvement américain de protestation “Stand Up for Science ” initié aux États-Unis contre la politique de Donald Trump, des milliers de citoyennes, citoyens et scientifiques se sont mobilisés dans toute la France pour signifier leur inquiétude et leur colère !

Avec
  • Francis Chateauraynaud, sociologue, Directeur d’études à l’EHESS.
  • Fleur Breteau, auteure

L’Université et la Recherche sont sur le qui vive et se sont mobilisent pour sauver la connaissance, sa transmission et son partage par le plus grand nombre, gage de démocratie éclairée. La véracité des faits scientifiques, notamment pour la santé, la compréhension des inégalités sociales, les défis climatiques et la biodiversité, n’est ni une option ni une opinion.

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Lettre ouverte des présidents des universités de Gaza

Academia relaie la lettre ouverte des présidents des trois universités de Gaza et publiée sur le site de l’Association des universitaires pour le respect du droit international en Palestine (AURDIP), le 21 juillet 2025.


Même si nos campus ont été rasés, nos universités existent toujours.

Nous, présidents des trois universités sans but lucratif de Gaza— l’Université Al-Aqsa, l’Université Al-Azhar Gaza, et l’Université islamique de Gaza — représentant à nous trois la grande majorité des étudiants et du corps enseignant de Gaza, adressons cette déclaration conjointe à la communauté universitaire internationale à l’heure où se déroule une destruction sans précédent de l’enseignement supérieur à Gaza.

La guerre génocidaire menée par Israël de manière continue a entraîné un scolasticide—une entreprise systématique et délibérée d’élimination de nos universités, de leur infrastructure, de leurs enseignants et de leurs étudiants. Cette destruction n’est pas collatérale ; elle fait partie d’un effort ciblé pour éradiquer les fondements de l’enseignement supérieur à Gaza—des fondements qui sont restés depuis longtemps des piliers de résilience, d’espoir et de liberté intellectuelle dans des conditions d’occupation et de siège. Les institutions universitaires dans toute la Palestine subissent des attaques depuis des décennies, mais nous assistons aujourd’hui à une escalade : le passage d’actes répétés de destruction à une tentative d’anéantissement total.

Nous restons pourtant résolus. Depuis plus d’un an, nous sommes mobilisés et nous avons pris des mesures pour résister à cette offensive et pour que nos universités vivent.

Malgré la suppression physique des campus, des laboratoires, des bibliothèques et d’autres installations, malgré l’assassinat de nos étudiants et de nos collègues, nos universités continuent à exister. Nous ne sommes pas seulement des bâtiments — nous sommes des communautés universitaires composées d’étudiants, d’enseignants et de membres du personnel, toujours vivants et déterminés à mener à bien leur mission.

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Le prix de la réaction. Anatomie critique d’une société savante

À l’heure où les formes traditionnelles d’autorité scientifique sont interrogées, les sociétés savantes offrent un terrain d’observation privilégié des recompositions contemporaines du savoir légitime. À travers leurs pratiques de distinction, elles révèlent non seulement une certaine vision de la science, mais aussi des conceptions implicites du rôle de l’intellectuel et de l’expertise.

Au travers des prix qu’elle a récemment décernés, le cas de la Société de Géographie illustre les fidélités à des schèmes de pensée conservateurs et la résistance, parfois ouverte, à la critique scientifique contemporaine. L’analyse de ses derniers choix, de l’attribution de son grand prix aux usages qui en sont faits, éclaire ainsi les formes actuelles de légitimation savante, déconnectées, voire en tension, avec la science telle qu’elle est produite sur la scène inter/nationale.

La Société de Géographie : une certaine vision de la science et de la France

Selon son site officiel, « la Société de Géographie est l’une des plus anciennes Sociétés savantes françaises, fondée en 1821 et reconnue d’utilité publique depuis 1827 et la doyenne des Sociétés de Géographie au monde ». Cette vénérable institution, qui a compté parmi ses sociétaire Jules Verne, Elisée Reclus, Jean Gottman, Pierre Gorges ou Paul Claval, distribue avec parcimonie un grand prix « pour travaux et publications géographiques qui couronne l’ensemble d’une œuvre géographique ». 84 prix ont été décernés depuis sa création en 1865.

Les promus, ces quinze dernières années sous la présidence de l’académicien Jean-Robert Pitte, sont tous des hommes (14 sur 16) — à l’exception de la climatosceptique Sylvie Brunel et de, co-lauréate avec Yves Lacoste, Béatrice Giblin-Delvallet1.)) — des non-géographes (10 sur 16) parmi lesquels des écrivains — Erik Orsenna, Jean-Christophe Ruffin — , des essayistes — Jérôme Fourquet, Jean-Paul Kauffmann —, un animateur de télévision — Jamy Gourmaud —  et des chercheurs issus d’autres disciplines comme l’histoire — Alain Corbin et Emmanuel Le Roy Ladurie— ou la géologie — le climatosceptique Claude Allègre. Ce panthéon composite, à défaut de cohérence disciplinaire, offre pour le moins une certaine vision de la science, de la France et du monde.

Du point de vue thématique, plusieurs choix révèlent une orientation idéologique marquée. Claude Allègre a ainsi été primé pour un ouvrage antiscientifique, L’imposture climatique, tandis que la nomination de Sylvie Brunel – également critique vis-à-vis des travaux du GIEC sur le changement climatique – a provoqué la démission publique de deux membres de la Société.

Quant à Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion et stratégies d’entreprise de l’IFOP, ses publications, centrées sur la fragmentation identitaire, « la crise migratoire », le terroriste ou le déclin national, dessinent en creux une France menacée et nostalgique, très éloignée des approches pluralistes et critiques aujourd’hui dominantes dans la recherche en géographie sociale ou en géographie politique.

Le cas Encel : l’usage d’un prix comme argument d’autorité

Le géopoliticien Frédéric Encel au Salon du Livre Amerigo Vespucci dans le cadre du 20e Festival international de géographie à Saint-Dié-des-Vosges. Crédit: r Ji-Elle, 2009

À cette galerie de récipiendaires s’ajoute le cas emblématique de Frédéric Encel.  Né en 1969, FrédéricEncel soutient une thèse sous la direction d’Yves Lacoste, en1997, à l’Université de Grenoble, puis une habilitation à diriger les recherches à l’Institution de géopolitique de l’Université Paris-VIII. En dépit de ce parcours universitaire classique, Frédéric Encel n’est pas universitaire, mais se prévaut de sa distinction pour valoriser son expertise auprès d’entreprises.  Il s’illustre également par ses prises de position publiques tant sur les réseaux sociaux que dans les médias offre un aperçu d’une vision du monde pour le moins partiale et partielle. Moins familier des congrès universitaires que de l’arène médiatique où il dispense ses considérations sur l’art de la guerre, la géopolitique de la Chine, d’Israël, la Libye, la Russie, le Maroc, le Rwanda, l’Algérie, l’Iran et beaucoup d’autres pays encore, il illustre les dérives d’une généralisation outrancière où le spécialiste de tout n’est plus expert de rien.

Cette posture est particulièrement visible lors des Rencontres géopolitiques de Trouville qu’il organise et anime grâce au soutien financier entre autres des PUF (décidément !), d’Arte, d’Hérodote ou du Figaro. Lors de la dernière édition, l’entre-soi connivent2 le disputait à une vision du monde, illustré par Xavier Gorce ou Caroline Fourest et animé par Alexandre Devecchio. Les propos de Frédéric Encle, en introduction, sont, à ce titre, édifiants:

« jamais un colloque de géopolitique n’a été consacrée à cette dimension (les femmes et le pouvoir), jamais… cherchez pas, vous allez perdre du temps faite autre chose allez à la plage, restez au panel, faites ce que vous voulez… N’allez pas chercher, ça sert à rien… ».

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  1. Fondatrice et directrice de 2002 à 2009, l’Institut français de géopolitique (Université Paris-VIII []
  2. Colloque où l’un des participants, moins connu pour ses travaux sur les femmes que sur les religions, se prénomme Stéphane (Encel !), où il est entre autres question de son manoir à Trouville, des diners avec son ami Guillaume Erner, où nombre de participants sont présentés comme des amis, où les petites mains qui assurent l’organisation pratique du colloque sont des femmes. []

« Vous avez demandé l’UHA ? Ne quittez pas »

La rédaction d’Academia, toujours prête à servir ses lecteurs et ses lectrices, s’est rendue dans la fournaise alsacienne, auprès du Sud Éducation Alsace pour comprendre les dessous du communiqué publié le 26 juin. Elle revient avec du matériau pour plusieurs épisodes. 

Saga estivale de l’UHA. 1

Le mois de juillet s’annonce, et, avec lui, enfin, la trêve estivale. La canicule s’installe ; il faut s’hydrater, manger des glaces, et se détendre. Et pour cela, quoi de mieux que le visionnage d’une série, divertissante mais pleine de surprises ? Signalons donc le lancement du feuilleton de l’été, au titre provisoire : « la saga de l’UHA ».

L’enquête avait un tout petit périmètre

Cette saga a eu un prequel tragique, le suicide du directeur au numérique. Le 1er avril (oui, oui, vous avez bien lu, excellent choix de date, en effet), la directrice de cabinet du ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche avait adressé un courrier à l’Inspection Générale de l’Éducation, du Sport et de la Recherche (IGÉSR) pour diligenter une enquête motivée par les « événements qui ont affecté la communauté de l’UHA ces derniers mois – dont le récent décès de notre collègue directeur de la direction du numérique ». Las ! Il apparaissait bien vite que l’enquête avait un périmètre restreint, tout petit rikiki, au point de ne pouvoir accueillir les propositions de témoignages écrits de membres de l’UHA pourtant désireux de documenter ces fameux « évènements qui ont affecté la communauté de l’UHA ces derniers mois ».

Le communiqué reste coincé (ou : la liste sympa ne l’est pas tant que ça)

Sud Éducation Alsace s’en émouvait, et choisissait de rédiger un communiqué disponible sur son site, qu’Academia a repris le 30 juin. Le texte rappelait l’étonnant fonctionnement de l’UHA (difficulté à obtenir des rendez-vous auprès de la DGSE ou des VP, défaillance des dispositifs internes tels que la cellule VSS ou la F3SCT, refus systématique de protection fonctionnelle).

La Fonderie. Crédit: Ville de Mulhouse

On aurait pu imaginer que ce communiqué circulât sur les listes Sympa de l’UHA (ça rime), les collègues de l’UHA pouvant être au premier chef intéressés par son contenu, qui les concerne en propre. Depuis septembre 2024 Sud Éducation Alsace dispose d’un accès de diffusion d’information syndicale sur les mails de l’UHA, en vertu de l’arrêté du 4 novembre 2014 relatif aux conditions générales d’utilisation par les organisations syndicales des technologies de l’information et de la communication dans la fonction publique de l’Etat (oui, la série peut être parfois indigeste, elle multiplie les références aux textes de loi). Le communiqué fut donc envoyé via les listes sympa le mardi 24 juin 2025, à 14h30.

Et depuis ? Rien.

Rien de rien.

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Le concours CR handicap du CNRS  : des questions, un recours

  • par Anna H., docteure en situation de handicap

 Candidate malheureuse au concours chercheurs CNRS réservés aux candidat∙es handicapé∙es en 2024, j’ai saisi le tribunal administratif de Versailles pour contester le déroulement de ce concours et les motifs qui m’ont été donnés pour justifier mon non-recrutement.

Auto-portrait de la chercheuse handicapée

Avant d’expliquer le déroulement du concours plus en détail, je tiens à préciser que je suis au chômage depuis plusieurs années, sans indemnités depuis novembre 2022, et que ma carrière de chercheuse a subi l’impact d’une errance diagnostique sur la nature du handicap dont je suis atteinte depuis ma naissance. J’ai soutenu ma thèse il y a plus de douze ans, alors que mon handicap n’était pas diagnostiqué. J’ai réalisé ma thèse en devant gérer des problèmes de santé dont je ne connaissais pas la nature.

Après ma thèse, ma santé m’a contrainte à faire une pause de recherche de plusieurs années. J’ai même dû renoncer à me rendre à une audition du CNRS pour laquelle j’avais été convoquée en 2014, pour des raisons de santé. Les années écoulées depuis ma thèse et les limites posées par ma santé à ma productivité scientifique m’écartent de facto du recrutement par le concours chercheurs de droit commun, quelle que soit la qualité scientifique de mon projet, et mes recherches sont dans un domaine pour lequel il n’y a pas d’autre organisme que le CNRS qui embauche des chercheur∙ses fonctionnaires. Mon handicap fait que l’emploi le plus compatible avec ma santé est un emploi stable, en CDI ou comme fonctionnaire, dans le domaine de la recherche. Je ne peux pas enseigner, ce qui complique encore ma situation. C’est d’une ironie grinçante quand on connaît l’état de la recherche en France et dans le monde entier, et je n’ai pas choisi de me retrouver dans cette impasse. Il serait beaucoup plus confortable pour moi d’être capable d’exercer d’autres métiers sans que ma santé en souffre. Et à cette situation de santé particulièrement difficile, le concours handicap du CNRS ajoute un poids supplémentaire.

Le concours CNRS handicap sur le papier

La partie visible de ce concours commence chaque année en février ou en mars. Le CNRS publie une liste de postes mis aux concours, un à trois par instituts, avec un thème de recherche et un nom de laboratoire. Il s’agit d’une

« liste des laboratoires identifiés par les instituts du CNRS susceptibles d’accueillir un chercheur ou une chercheuse en situation de handicap » et des « thématiques de recherche dans lesquelles doivent s’inscrire les projets de recherche » des candidat∙es. — Page concours handicap CNRS

Si on s’en fie à cette formulation, les personnes candidates dont les recherches n’ont rien à voir avec cette thématique de recherche sont de facto exclues du processus de recrutement cette année-là. La première question qui se pose à la lecture de ce processus est de savoir qui choisit les laboratoires et les thématiques retenues, et sur quels critères. La deuxième est de savoir si un∙e candidat∙e qui postule de ces thématiques a ses chances.

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Barrière en bord de mer. Crédit: Frédéric, 2015

L’expérience du concours handicap

Voilà ce que j’ai réussi à percevoir du concours. Continuer la lecture