#BoycottExLibris!

Ex Libris (groupe Clarivate) est la société israélienne qui commercialise Alma, le principal Système de Gestion de Bibliothèque (SGB) utilisé par les établissements documentaires universitaires français. Son acquisition par Proquest (2015) puis par Clarivate (2021) soulève d’importantes problématiques relatives à la protection de la vie privée1, puisque par cette fusion, la société Ex Libris (Clarivate) ne s’est plus contentée de fournir des services de bibliothèque, mais est devenue une entreprise d’analyse des données, utilisant les bibliothèques universitaires comme « conduits de données personnelles »2, en vendant les données de ses utilisateur·ice·s académiques à des tiers. D’après l’initiative à but non lucratif Invest in Open Infrastructure, « bien que l’ampleur des dommages que ces sociétés d’analyse de données causeront aux institutions de recherche soit encore inconnue, les analyses et les prédictions sont notoirement biaisées et invasives dans tous les secteurs, conduisant à une surveillance discriminatoire, à des arrestations et à des décisions biaisées sur qui peut ou ne peut pas participer au marché, et au marché des idées.»3

Ex Libris commercialise ses produits auprès des bibliothèques de l’université hébraïque de Jérusalem et de l’université d’Ariel, cette dernière ayant été construite au sein de la colonie en Cisjordanie homonyme afin de faire avancer l’agenda politique des partis de droite israéliens souhaitant pérenniser l’occupation israélienne et saper la possibilité d’une autodétermination palestinienne. La liberté académique y est fortement restreinte puisque le personnel universitaire d’Ariel doit s’aligner avec l’agenda politique de la colonie qui la soutient, et les collègues israélien.ne.s dissident.e.s appellent à agir pour la défense de leurs propres libertés (le Conseil des Présidents des université israéliennes a condamné la décision du gouvernement d’accorder à cette institution le statut d’université), mais aussi celle des Palestinien.ne.s qui ne peuvent circuler librement dans cette colonie, ni accéder sans permis aux établissements universitaires implantés sur leur territoire4. Il est donc probable que dans le contexte universitaire israélien et particulièrement dans les universités implantées dans les territoires occupés, la société Ex Libris (Clarivate) collabore activement par l’analyse de données personnelles à la répression de la liberté académique et à la surveillance des voix dissidentes sur les campus israéliens.

De façon plus générale, la mise à disposition d’Alma, solution logicielle maintenue par Ex Libris, auprès de l’Université d’Ariel5 participe au maintien illégal de l’occupation israélienne en Cisjordanie. Or, la France a voté la résolution adoptée par l’Assemblée générale des nations unies le 18 septembre 2024 par laquelle elle doit “prendre des mesures pour que [ses] nationaux et les sociétés et entités relevant de [sa] juridiction ainsi que [ses] autorités, s’abstiennent de tout acte qui impliquerait la reconnaissance de la situation créée par la présence illicite d’Israël dans le Territoire palestinien occupé ou qui constituerait une aide ou une assistance au maintien de cette situation.”6 Très vraisemblablement, les financements versés par les établissements supérieurs français à Ex Libris (Clarivate) au titre de ses prestations pour la fourniture de SIGB constituent indirectement une assistance au maintien de la situation créée par la présence illégale d’Israël dans les territoires palestiniens occupés.

Aujourd’hui, il est possible d’agir contre ces marchés publics.

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  1. ‘Resources – Library Freedom’ <https://libraryfreedom.org/resources/> [accessed 29 May 2025]. 2018 vendor privacy policy scorecard : https://drive.google.com/file/d/1HiPhLJyj_rsJs45bCb4TyeT_llPXr7Sc/view []
  2. ‘The Conquest of ProQuest and Knowledge Unlatched: How Recent Mergers Are Bad for Research and the Public’, Invest in Open Infrastructure, 16 December 2021. []
  3. Ibid. []
  4. ‘The Truth about Ariel University – Israeli Academics for Peace’ <http://israeli-academics-for-peace.org.il/en/the-truth-about-the-ariel-university/> [accessed 26 May 2025]. []
  5. On peut ainsi constater que le catalogue informatisé de la bibliothèque de l’université d’Ariel est l’outil Alma-Primo, solution logicielle d’Ex Libris : https://web.archive.org/web/20231013044132/https://ariel.primo.exlibrisgroup.com/discovery/search?vid=972ARIEL . []
  6. Res ES 10:24 p. 6-7, point 4 et 5. []

Attaque gouvernementale contre l’IRD. « Un État efficace ne se réduit pas à l’élimination de supposés doublons ». Communiqué intersyndical du 24 juillet 2026

Communiqué SNCS-SNTRS-Sud Recherche

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Le gouvernement revendique la construction d’un « État efficace ». Parmi les mesures annoncées figure la « rationalisation » des opérateurs publics, au nom d’une simplification de l’action publique. Derrière ce vocabulaire se cache pourtant une logique bien plus brutale : faire disparaître ou fusionner des établissements jugés redondants. Cette logique atteint aujourd’hui la recherche publique et menace directement l’Institut de recherche pour le développement (IRD) que l’État veut dissoudre dans le CNRS.

Mais, qu’appelle-t-on un doublon ? Qu’est-ce qu’une économie en recherche ?

Deux organismes qui font de la recherche sont-ils nécessairement interchangeables ? Peut-on réduire quatre-vingts années de partenariats, d’expertise, de présence internationale et de confiance patiemment construite, à une simple ligne dans un organigramme ? À ces questions, le gouvernement n’apporte aucune réponse.

Le calendrier lui-même interroge : alors que les décisions se préparent au coeur de l’été, le débat démocratique n’existe pas. Une telle réforme ne peut se faire par une procédure accélérée.

Derrière la rationalisation, une vision appauvrie de l’État

L’efficacité d’un État ne se mesure pas au nombre d’établissements qu’il fait disparaître. Elle se mesure à sa capacité à préserver ce qui constitue ses forces stratégiques.

La recherche publique n’est pas une dépense comme une autre. Le maintien de l’IRD ne grève pas le budget de l’État, il est au contraire un levier pour mobiliser des financements extérieurs et un investissement sur le futur. Il aide à anticiper les conséquences des changements en cours et donc à faire des économies, à moyen et long terme, pour l’adaptation aux changements et la prévention des risques à l’échelle locale, régionale et globale. L’IRD, en effet, produit des connaissances, éclaire les décisions publiques, forme les générations futures et construit des relations internationales face aux bouleversements en cours au plus près des populations des Suds et de l’Outremer. Les recherches de l’IRD sont essentielles pour anticiper et réduire le coût de la lutte contre les dérèglements environnementaux auxquels font face les populations : celles de la France, de ses outremers et des Suds.

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La CP-CNU communique : déontologie, droits différenciés, avancement de grade, précarité

La commission permanente du CNU (CP-CNU) s’est réunie en assemblée plénière le 18 juin 2026.
 

Lors de cette assemblée, la CP-CNU a adopté la charte de déontologie relative aux membres du Conseil national des universités.

Cette charte établit les règles et principes de désignations des rapporteurs ainsi que ceux s’appliquant à l’examen des dossiers dans le cadre des procédures. Elle rappelle que les critères des sections doivent être transparents. Ces critères ne sauraient être uniquement quantitatifs (en particulier, les informations bibliométriques sont fortement déconseillées) mais doivent considérer la qualité de la recherche fondée sur l’appréciation scientifique des travaux par les membres de la section.
La charte rappelle les règles d’équité et d’impartialité ainsi que de confidentialité. Sur ce point, la charte précise que les rapporteurs ne doivent pas utiliser des modes d’analyse et d’évaluation automatisés ou robotisés des dossiers tels que l’Intelligence Artificielle (IA) qui pourraient porter atteinte à la confidentialité des éléments des dossiers.
Enfin la charte préconise que les membres de la section renoncent personnellement à toute demande de promotion au niveau national.

L’assemblée a également voté trois motions :

Campagne d’accompagnement des vacataires à Paris 1. De premières victoires qui en appellent d’autres

Academia relaie le communiqué sur les premières victoires pour que les vacataires soient enfin respecté·es. 

23/06/2026

Depuis un an, plusieurs dizaines de vacataires de l’Université Paris 1, accompagné·es par le collectif doctorant·es & vacataires de la CGT Ferc, ont engagé des procédures contentieuses contre l’Université pour des raisons d’absences de paiement, refus de paiement, refus de prise en charge des frais de transport, et non respect de la loi sur la mensualisation de la paie des vacataires.

Le tribunal administratif de Paris a rendu une première ordonnance de jugement dans le cas d’un des recours contentieux, et condamne l’Université Paris 1 à verser 600 euros à un·e requérant·e au titre du préjudice moral de ne pas avoir été payé·e tous les mois, comme l’exige la loi. C’est la première fois depuis l’introduction de la mensualisation de la paie des vacataires dans la loi qu’une université est condamnée à verser des préjudices. L’ordonnance de jugement est claire, pour qui en doutait encore : mensualiser la paie, cela veut dire payer tous les mois, dès la fin du premier mois de travail.

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Des personnels font condamner leur université devant le tribunal administratif

Trois enseignants-chercheurs et une gestionnaire de scolarité partie à la retraite ont obtenu la condamnation de l’Université de Caen Normandie par la justice administrative. Après avoir examiné les trois mémoires déposés, le tribunal a estimé que les plaignants avaient prouvé que l’université avait manqué à son obligation d’assurer la sécurité et la protection de la santé physique et morale des agents de l’UFR Staps entre juin 2016 et novembre 2020.

Les faits

Plusieurs facteurs ont contribué aux dysfonctionnements survenus dans cette UFR à partir de la rentrée 2016-2017 : des modifications brutales imposées sans concertation au sein du service de scolarité ; l’inefficacité des nouvelles procédures, due à l’absence de formation des responsables hiérarchiques de la scolarité et du service administratif ; l’incapacité de ces responsables à collaborer avec les gestionnaires de scolarité. En quelques mois, cette situation a provoqué une désorganisation profonde des examens et des emplois du temps.

En réaction au mal-être exprimé par les gestionnaires de scolarité et la persistance des dysfonctionnements administratifs, les personnels enseignants et les étudiants ont démarré un mouvement social de dix jours pour protester contre cette situation et réclamer des renforts afin de mettre fin à ce désordre. Les problèmes n’étant toujours pas résolus deux semaines plus tard, plusieurs dizaines d’étudiants ont envahi la scolarité pour exprimer leur mécontentement.

La répression

Dans un premier temps, la présidence de l’Université a répondu à cette exaspération par une spirale d’actes répressifs : fermeture administrative des bâtiments, délocalisation du service administratif placé sous la surveillance de la direction de l’UFR avec l’interdiction pour les enseignants de rencontrer les gestionnaires de scolarité, convocation devant le conseil de discipline d’un enseignant-chercheur et de trois étudiants, mise en place d’une enquête administrative à charge, dont l’échéance sera toujours repoussée et qui sera accompagnée de la menace répétée d’éventuelles poursuites disciplinaires, convocation d’un enseignant par la médecine préventive pour vérifier son aptitude professionnelle, etc. Continuer la lecture

Démographie des enseignants-chercheurs. Note de la CP-CNU

Le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche (MESR) a récemment produit plusieurs rapports : sur l’emploi scientifique, sur la trajectoire professionnelle des enseignants-chercheurs et enseignantes-chercheuses (EC), sur lesprévisions des départs en retraite, et sur le panorama des personnels enseignants de l’enseignement supérieur. Dans cette note, la commission permanente du CNU (CP-CNU) reprend les données de ces rapports en mettant l’accent sur la démographie des EC.

De 2007 à 2023, le nombre d’EC est resté stable, alors que le nombre d’étudiants a augmenté de 15%. Cette différence d’évolution a entraîné une baisse du taux d’encadrement et une hausse importante des heures complémentaires entre 2017 et 2023 (hausse des heures de l’ordre de 27 %).

Dans un scénario haut des modèles du systèmes d’information et des études statistiques (SIES), les départs définitifs (retraites et autres départs) pourraient augmenter de 47 % (+ 4,9 % par an) sur l’ensemble de la période 2022-2030. Pour maintenir le taux d’encadrement actuel, déjà insuffisant, ilfaudrait recruter 1,24 fois plus d’EC qu’aujourd’hui. L’attractivité du métier devient donc une question cruciale pour l’avenir de l’enseignement supérieur et de la recherche en France.

Academia reproduit ci-dessous les conclusions dela Note que vous pouvez trouver en intégralité sous ce lien..

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IA dans l’enseignement et la recherche: veille de janvier 2026

1. Politique publique d’enseignement et de recherche

Outils internes d’IA

En France, le CNRS a annoncé la mise à disposition d’un chatbot interne, « Emmy », basé sur Mistral AI en vertu d’un accord avec l’entreprise : https://next.ink/brief_article/le-cnrs-va-proposer-son-chatbot-iagen-emmy-a-ses-agents-et-proscrire-les-autres/ En parallèle, les autres outils d’IA conversationnels seront interdits aux agents du CNRS en vue de protéger les données de recherche. D’autres organismes d’enseignement supérieur et de recherche lancent également leurs outils internes d’IA générative, comme par exemple l’université de Reims avec Oratio.

David Monniaux, chercheur en informatique rattaché au CNRS, a testé Emmy et analyse son expérience dans un post de blog : https://blogs.mediapart.fr/david-monniaux/blog/191225/l-ia-qu-nous-enfonce-dans-la-gorge. Il écrit : « L’image que l’on aime parfois à donner de l’IA est celle d’une technologie libératrice, qu’il suffit de savoir utiliser à bon escient et que seuls des esprits grincheux critiquent. En réalité, elle automatise parfois ce qui ne devrait pas être automatisé, et n’automatise parfois pas ce qui devrait l’être. »

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L’étrange célébration de la laïcité par l’Académie de Lyon

L’Académie de Lyon organise une journée de formation continue sur la laïcité à destination des enseignant.es du secondaire le 11 décembre à l’ENS Lyon. Cette journée est inscrite dans le cadre de la célébration des 120 ans de la loi du 9 décembre 1905, pierre angulaire du principe de laïcité en France.

Les organisations syndicales de l’Education nationale dans le Rhône pointent et dénoncent cependant le choix problématique d’intervenant.es réactionnaires pour animer cette journée. Nous reproduisons ci-dessous leur communiqué.

Les syndicats de l’ENS Lyon (CGT, Sud, FSU, Echarde) appellent également à l’annulation de cette formation et à manifester devant l’amphithéâtre où a lieu la formation.

Soutenu.es par les syndicats, les vacataires de l’Université Paul-Valéry se mobilisent

Le 6 novembre dernier, les syndicats CGT et Sud Education de l’Université Montpellier Paul-Valéry (UPMV) appelaient à la grève et à la mobilisation, en soutien à 16 vacataires administratifs.ves mis.es à la porte du jour au lendemain par la direction de l’établissement.

Le prétexte invoqué par la direction serait la baisse d’activité dans les services où ces vacataires étaient employé.es : par conséquent, alors que leur contrat courrait jusqu’à mi-décembre, ceux-ci et celles-ci ont été licencié.es fin octobre et début novembre.

Il semblerait toutefois que la réalité soit plus tristement prosaïque : faire des économies sur le dos des plus précaires en mettant fin de manière anticipée à leur contrat et en augmentant la charge de travail des collègues en poste.

Outre le caractère brutal et injuste de ces pratiques managériales, on peut relever l’inventivité patronale dont a fait preuve la direction de l’université : les vacataires étaient en fait employé.es sous CDD de droit public, mais sans garantie de leur quotité horaire de travail ! En clair, l’UPVM a inventé le contrat 0 heure à la française… voilà un établissement d’excellence sans aucun doute !

Plus d’informations sur : 

  • La CGT des Universités de Montpellier : https://www.cgt-um.org/Greve-le-jeudi-6-novembre
  • Le Poing : https://lepoing.net/universite-paul-valery-des-vacataires-du-service-des-inscriptions-denoncent-lillegalite-de-leurs-contrats/
  • Midi Libre : https://www.midilibre.fr/2025/11/06/le-pic-dactivite-est-passe-cest-aux-agents-de-prendre-le-relais-seize-vacataires-ecartes-du-jour-au-lendemain-a-luniversite-paul-valery-13036959.php

IA dans l’enseignement et la recherche: veille de novembre 2025

Ce billet de veille, qui a vocation à réapparaître tous les deux mois, vise à agréger des informations et des ressources sur l’intelligence artificielle, en particulier générative, dans l’enseignement supérieur et dans la recherche. Il ne recense que des parutions récentes : on renvoie à l’excellent billet de Florence Maraninchi sur Academia pour une vision d’ensemble sur ChatGPT ; il contient de très nombreuses ressources.

Enseignement

Alors qu’Amazon vient d’annoncer un plan de licenciements visant les cols blancs et liés à l’IA (à la fois parce que l’entreprise prévoit de, ou espère à terme, remplacer une partie de ses employés par des machines, et, de façon plus directe, parce qu’elle veut économiser sur la masse salariale pour investir dans l’IA), les étudiant.es se voient poussés à l’inquiétude.

Dans ce contexte, Olivier Babeau, professeur en sciences de gestion à l’université de Bordeaux, et Laurent Alexandre, entrepreneur et chroniqueur, viennent de faire paraître Ne faites plus d’études. Apprendre autrement à l’ère de l’IA, Paris, Buchet-Chastel, 2025. Pour eux, les études telles qu’on les connaît sont désormais inutiles et doivent se transformer ; ils prévoient qu’à terme, l’enseignement sera dispensé par l’IA, et que les enseignants se transformeront en coaches pour nous accompagner tout au long de la vie.

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Respect de la liberté d’expression et des collègues : communiqué de la société des professeurs d’Histoire ancienne de l’Université

COMMUNIQUÉ DE LA SOCIÉTÉ DES PROFESSEURS D’HISTOIRE ANCIENNE DE L’UNIVERSITÉ (SOPHAU)

Paris, le 18 septembre 2025

La Société des Professeurs d’Histoire Ancienne de l’Université (SoPHAU) exprime sa très viv préoccupation quant au respect de la liberté d’expression et au traitement actuellement réservé à cinq de nos collègues à propos du colloque Les histoires juives de Paris (Moyen Âge et Époque moderne) qui s’est tenu cette semaine au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme (MahJ), à Paris. Les cinq collègues se sont retirés du projet en juillet quand une nouvelle version du programme montrait comme financeurs des organismes en lien avec des institutions gouvernementales israéliennes et le domaine militaire. Ils n’ont pas publicisé leur retrait – qui n’était pas concerté  – n’ont pas appelé au boycott des chercheurs israéliens mais ont dénoncé ce partenariat et la mise devant le fait accompli.

Le 10 septembre, le MahJ a publié un communiqué qui n’est pas conforme aux raisons du retrait des cinq enseignants-chercheurs. De ce fait, et par cette publication, ceux-ci ont été soumis à la vindicte publique et médiatique, la plupart des articles publiés dans la presse et sur les réseaux sociaux étant à charge et relayant la fausse information: de façon très inquiétante, la ministre de la Culture les a accusés d’antisémitisme en invoquant « une question de justice et de politique pénale», le Crif a appelé à des « sanctions», la Licra a dénoncé un « crachat idéologique», un député de l’Assemblée nationale a évoqué une «faillite morale ». Les noms des cinq collègues ont été diffusés sans leur accord et ceux-ci sont victimes, depuis la fin de la semaine dernière, de cyberharcèlement, d’insultes et d’intimidations diverses, de la part d’anonymes et de collègues.

Le 15 septembre, une tribune, comportant de graves inexactitudes dans ses accusations, a été publiée dans Le Monde. Le même jour, deux collègues qui participaient au colloque ont été aussi pris à parti et décriés après avoir publiquement manifesté leur soutien aux cinq collègues et rappelé le nécessaire respect de la liberté académique.

Face aux menaces, deux de nos cinq collègues ont demandé dans l’urgence, le week-end dernier, la protection fonctionnelle de leur université, qu’ils ont immédiatement obtenue: c’est dire l’extrême gravité de la situation aux yeux mêmes des autorités universitaires qui ne peuvent engager à la légère cette procédure.

Que l’on partage ou non leur position, ces cinq collègues n’ont fait qu’exercer leur droit (article

L. 952-2 du code de l’éducation) :

« Les enseignants-chercheurs, les enseignants et les chercheurs jouissent d’une pleine indépendance et d’une entière liberté d’expression dans l’exercice de leurs fonctions d’enseignement et de leurs activités de recherche, sous les réserves que leur imposent, conformément aux traditions universitaires et aux dispositions du présent code, les principes de tolérance et d’objectivité. Les libertés académiques sont le gage de l’excellence de
l’enseignement supérieur et de la recherche français. Elles s’exercent conformément au principe à caractère constitutionnel d’indépendance des enseignants-chercheurs ».

Face aux dérives actuelles et à ces atteintes graves à la liberté d’expression et à la liberté académique, la SoPHAU condamne les intimidations et les menaces dont sont victimes les cinq collègues attaqués; plus largement, elle s’inquiète des opérations politiques, médiatiques et académiques répétées pour empêcher les prises de position critiques à l’encontre des
massacres et des destructions perpétrés par l’actuel gouvernement israélien. Elle assure ces collègues de son soutien ferme et entier.

https://sophau.univ-fcomte.fr/index.php/actualites-alertes/3730-communique-de-la-sophau-respect-de-la-liberte-dexpression-et-des-collegues-18-09-2025

Appel urgent : Gaza, destruction annoncée du dépôt archéologique

Nous reproduisons ci-dessous le courrier d’un archéologue, chercheur associé École biblique et archéologique française, Institut français du Proche Orient

Carte des lieux bombardés du patrimoine de Gaza

“Pour une fois nous allons assister à la destruction du patrimoine de Gaza, destruction annoncée depuis ce matin par l’armée israélienne, en direct. Nous avons gagné quelques heures sur les 30 minutes que l’on nous avait donné ce matin. Quelques heures de répit avec le soutien du Patriarcat pour sauver quelques pièces de la destruction du dépôt archéologique de l’École biblique et archéologique française à Gaza… comment sauver 180 m3 d’artefacts, des dizaine de milliers d’artefacts qui représentent 25 années de travail en quelques heures… Il faudrait plus d’une dizaine de jours dans les conditions actuelles de Gaza pour tout sauver et encore ?

Demain ce sera toute la culture matérielle et ethnologique de l’archéologie de Gaza qui aura disparue.

Les plus hautes instances françaises ont été prévenues,

Si vous avez des idées n’hésitez pas, l’exécution aura lieu ce soir ou au petit jour.”

René Elter, archéologue, chercheur associé École biblique et archéologique française, Institut français du Proche Orient.

le 10 septembre 2025

Les IA spécialisées en revue de la littérature scientifique : des promesses douteuses

Par Mona Claro, enseignante-chercheuse en sociologie à l’Université de Liège

Que valent les intelligences artificielles (IA) génératives spécialisées en revue de la littérature scientifique (Perplexity Academic, Felo, Elicit, Sci Space…) ? Est-ce qu’elles sont vraiment plus prometteuses que ChatGPT pour nos usages pédagogiques ? En tant qu’enseignante de sociologie à l’université, j’ai été un peu forcée de m’y intéresser. J’ai testé pour vous deux de ces IA « scientifiques ».

Face aux logiques capitalistes derrière les IA génératives grand public présentées comme de plus en plus incontournables, y compris à l’université, on commence à peine à avoir un peu de recul scientifique (voir par exemple la fameuse étude sur l’affaiblissement des capacités cognitives des étudiant·es  qui utilisent ChatGPT pour rédiger leurs devoirs). Je ne suis sans doute pas la seule à trouver les corrections de devoirs de plus en plus pénibles à cause de certaines façons d’utiliser l’IA par chez nos étudiant·es (style fade et ennuyeux, platitudes répétitives, ou pire : références bibliographiques hallucinées et autres erreurs). Parmi les enseignant·es du supérieur, il y a probablement plus ou moins consensus sur certains usages particulièrement délétères de l’IA, mais il y a aussi des propos récurrents de certain·es collègues que je trouve exagérément optimistes, sur le mode : « les changements en cours ne sont pas si graves, il y a plein de bons usages potentiels de l’IA pour nos étudiant·es » ou « il suffit de bien l’utiliser ». Je me réjouis des « bons usages » scientifiquement rigoureux, mais dans ce billet, je voudrais parler de certaines promesses douteuses.

Pourquoi cet optimisme qui me semble excessif dans une partie du monde académique? Peur de passer pour des technophobes ringard·es si on critique trop fortement l’IA ? Possible. Je pense que dans certains cas, une des raisons de cet optimisme peut être l’expérience personnelle plutôt positive des IA génératives qu’ont les collègues optimistes : usage très ciblé et parcimonieux, relecture et élimination des erreurs, réécritures et aller-retours multiples, etc.  Avec des années, voire des dizaines d’années de pratique des sciences sociales derrière elles, ces personnes réussissent probablement à être facilement et rapidement efficaces et rigoureuses, et supposent alors que ça peut être pareil pour nos étudiant·es. Je suis persuadée qu’au contraire, sans ces années de pratique « à l’ancienne » des sciences sociales (enquêter, lire, analyser et rédiger de A à Z sans IA générative), nos étudiant·es moyen·nes ont peu de chances d’arriver à une utilisation aussi fiable de l’IA. J’entends souvent : « il suffit de les former à bien l’utiliser ». Pourquoi pas : admettons que sur un cours de 12 séances de 2h, je sacrifie 1 ou 2h de contenu (dommage !) pour pouvoir faire cette formation à la place (un mal pour un bien ?). Mais selon moi, la priorité reste d’abord et surtout de passer 22 ou 23h à les former à faire des sciences sociales sans IA générative. Sans cette formation « à l’ancienne » comme base, il ne peut pas y avoir d’utilisation rigoureuse de l’IA. Toute perte de temps et d’énergie au détriment de cette mission fondamentale de formation « à l’ancienne » doit être bien justifiée. Est-ce que ça vaut vraiment le coup ? Qu’est-ce que telle ou telle utilisation précise de telle ou telle IA va apporter en plus à leur formation ? j’espère que ce billet participera à répondre à cette question.

Je m’intéresse donc ici aux IA génératives spécialisées en revue de la littérature scientifique (Perplexity Academic, Felo, Elicit, Sci Space…) : c’est typiquement là que serait un des soi-disant « bons » usages qu’on nous promet à l’université. Contrairement à ChatGPT, ce sont des IA qui sont censées, par défaut, chercher uniquement dans la littérature scientifique, citer leurs sources, et ne pas halluciner de fausses sources. J’en ai testé deux (Perplexity Academic et Felo) avec trois questions de sociologie, et j’ai trouvé le résultat pire que médiocre. J’ai vu passer plusieurs analyses critiques très intéressantes des usages de l’IA à l’université (notamment sur ce même blog), mais aucune ciblée sur les IA de revue de la littérature scientifique (sauf celle publiée par Urfistinfo, citée en conclusion de ce billet). J’ai trouvé un test similaire à celui que je propose ici (lui aussi cité plus bas), mais avec une question de sciences biomédicales (en anglais). Je n’ai pas encore vu de tels tests dans le domaine des sciences humaines et sociales, donc je me suis dit que ce petit test exploratoire pourrait intéresser.

Basan (yōkai), dessin par Takehara Shunsen Ehon hyaku monogatari , vers 1861. De la taille d’une dinde et à l’apparence d’un poulet est reconnaissable à son plumage coloré et sa crête flamboyante, doté d’un souffle de feu, le basan passe pour vivre dans les montagnes de la province d’Iyo.

J’ai donc testé ces deux IA (version gratuites) avec trois questions de sciences sociales pour lesquelles j’ai déjà des idées précises de réponses rigoureuses. C’est le genre de questions que pourraient sans doute poser à ces IA des étudiant·es qui rédigent un devoir ou un mémoire dans un des masters ou j’enseigne (master de sociologie, master d’études de genre…). J’ai posé deux questions de façon particulièrement précise : « Comment analyser sociologiquement le vécu des hommes minoritaires dans les métiers féminins ? » (une question sur laquelle il existe une littérature abondante) ; « Présente-moi des travaux sociologiques sur les lesbiennes d’origine maghrébine en Belgique » (une question plus « niche », moins étudiée). J’ai aussi posé une question plus vague et plus large : « Est-ce que l’homosexualité a toujours existé ? » (ici, la littérature abonde). A chaque fois, l’IA a produit un texte à première vue séduisant, d’environ une page, avec des paragraphes et des intertitres et qui, du point de vue de la forme, mime plutôt bien le style habituel des revues de la littérature telles qu’on les trouve dans les articles scientifiques ou les candidatures à des projets de recherche.

Test n°1. Des déceptions, et la question des biais politiques

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En salle : Sorry, Baby – un viol ordinaire à l’université

Affiche de Sorry babyPeut-on guérir du trauma d’un viol ? Peut-on devenir une universitaire quand le violeur est votre directeur de thèse ? Tels sont les questions que pose Sorry, Baby, d’Eva Victor, sorti en salle en août 2025.

Drôle et plein de douceur, éclairé de la belle lumière du Nord des États-Unis, ce film pose plusieurs questions à la communauté universitaire précisément :  quelle est la fonction professionnelle du viol, quelle solidarité manifeste le corps académique, quelle réparation possible et pour qui ?

N’hésitez pas à partager votre/ vos analyses de ce film avec Academia.

Sur Academia

“Les vacataires, fantômes de l’Université”

A l’heure où un énième tour de vis budgétaire est prévu par le gouvernement, Academia relaie cet article du média “Le Courrier” (lien vers l’article) au sujet des enseignant.es vacataires à l’université, en France. L’article revient notamment sur la mobilisation des enseignant.es vacataires de l’Université Paris 1, appuyée par la CGT, qu’Academia avait également relayée quelques mois plus tôt.