- par les Doctorant·es mobilisé·es pour l’Université de Paris 1
Version .pdf – version en ligne
Version .pdf – version en ligne
"On s'imagine que c'est pour les personnes qui dorment dans la rue, on ne se dit pas qu'en tant qu'étudiant, on va finir là."
50 % des personnes accueillies par les @restosducoeur ont moins de 25 ans. Et les étudiants sont de plus en plus nombreux à se rendre aux distributions… pic.twitter.com/BHtHfWwaNz
— Brut FR (@brutofficiel) December 24, 2021
Bandeau. Resto du Cœur à Saint-Gilles. Crédit: Elio du Rupo, 23.12.2013

“Ce soir, en France, sous ce froid glacial, une énième distribution alimentaire, avec une énième file d’attente [interminable] d’étudiant·e·s qui crèvent la dalle.
Où sont les 100€ promis par Macron aux étudiant·e·s ?
Que fait le gouvernement pour répondre à cette crise sociale ?”, Majdi Chaarana, 9 décembre 2021

Rennes-2, 24 novembre 2021. Des centaines d’étudiant·es attendent dans le froid pour avoir à manger gratuitement. Photo: Union pirate
Le MESRI (ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation) vient d’informer les présidents d’université et directeurs d’IUT (voir pièce jointe) de la dénonciation du contrat que l’Etat a passé avec l’entreprise PeopleCert pour certifier le niveau en langue anglaise des étudiants.
L’APLV, comme de très nombreuses associations de linguistes et syndicats d’enseignants, a dénoncé dans un premier temps la décision du gouvernement d’imposer de telles certifications, puis la passation du marché avec PeopleCert, une entreprise peu connue et à l’éthique douteuse, d’après les enquêtes de différents journaux.
En queue de peloton pour les vaccins, la recherche en France pâtit aussi d’une ambiance malsaine. Certes, nombre de collègues se dévouent à leur métier sans compter leurs heures ni leurs efforts. Mais cet engagement vertueux dissimule un cercle vicieux: l’inégalité de traitement ne fait que s’accroître entre titulaires et précaires, de plus en plus contraints au travail gratuit.
Quantitativement, le fossé se creuse : le nombre de postes diminue tandis que le nombre de candidat∙es s’accroît. En 2017, on comptait 110 000 enseignant∙es vacataires, contre 130000 aujourd’hui, qui assurent à eux seuls 40% des enseignements à l’université. En vingt ans, la diminution du nombre de postes de MCF mis au concours a été drastique (-65 %): nous sommes passés de 3000 par an à la fin des années 1990, à 1200 ces dernières années. Parallèlement, le nombre d’étudiant∙es dans les universités a augmenté de 15%.
Qualitativement, les relations se détériorent, la dissymétrie augmente car, pour compenser le manque de postes, le travail dissimulé s’accroît. On recourt aux services de moins en moins rémunérés et même gratuits de doctorant∙es ou docteur∙es sans poste pour boucher les trous, surveiller et corriger des examens, organiser des colloques, gérer des revues, animer la vie de leur laboratoire. Les situations et le degré de rémunération sont variés, mais il s’agit souvent pour un∙e non-titulaire d’accepter toutes sortes de vacations sous-payées (sous le SMIC horaire) pour éponger les déficits structurels.
Certain∙es s’épuisent à joindre les deux bouts et il leur faut encore “produire” des publications pour rester dans la course. Juridiquement, le non-titulaire peut se retrouver ainsi tour à tour bénévole, contractuel (à formes multiples), voire auto-entrepreneur, avec zéro cotisation sociale.
Mais le long terme aussi a changé: traditionnellement, le non-titulaire pouvait espérer une compensation plus tard, en devenant titulaire à son tour, le mérite aidant. Mais le processus est de plus en plus sélectif, l’avenir de plus en plus bouché. La structure institutionnelle, l’autonomie des universités, permet aux autorités locales de varier dans les justifications à apporter aux étudiant∙es. La structure sociale s’en mêle aussi, pour aider les un∙es à tenir, qui trouvent le temps de franchir les obstacles, et pousser les autres à abandonner, rattrapé∙es par les contingences matérielles. L’aspect psychologique n’est pas négligeable: une sorte d’emprise perverse se développe sur le précaire, incité à rester pour maintenir un système déficient. Que deviendraient en effet les alpinistes sans les sherpas?
Ali Boulayoune, Elsa Martin et Simon Paye, du Département de sociologie – UFR SHS Nancy – Université de Lorraine, ont eu l’obligeance de partager le rapport établi par leurs soins en mars 2021, à propos du 2e confinement à l’Université de Lorraine. Nous en reproduisons ici les conclusions. L’intégralité du rapport peut être téléchargé ici. .
« Rappelons les principaux résultats de cette étude :
Le personnel et les équipes dirigeantes des universités accordent une grande importance aux classements des universités et les résultats de leurs systèmes de classement peuvent avoir d’importantes conséquences matérielles/financières. S’appuyant sur l’exemple particulier de sa propre institution, Jelena Brankovic fait valoir que le fait de corréler de manière linéaire les classements comme des indicateurs de qualité ou de performance est une manière fondamentalement erronée de saisir la valeur d’une université, en particulier lorsque les universitaires seul∙es s’en prévalent.
Au début du mois, QS a publié son classement annuel des universités mondiales par discipline, suscitant l’enthousiasme des médias sociaux universitaires. “Je suis ravi de faire partie du numéro 1 mondial”, a déclaré un membre du corps enseignant. “Fier∙e d’être ancien∙e élève et membre du personnel”, a écrit un∙e autre. “Tellement fier∙e de faire partie de l’équipe. Bravo à tous et à toutes”… Et ainsi de suite. Vous voyez le tableau.
Il n’y a rien de mal en soi à ce que les gens aiment leur travail et apprécient de travailler dans un environnement stimulant. Cependant, il y a quelque chose de troublant dans le fait que les universitaires considèrent des éléments tels qu’un classement établi par QS, Shanghai ou toute autre organisation, comme un indice ou une preuve de la qualité — ou de la médiocrité, d’ailleurs — de leur situation relativement à celle des autres.
On peut se demander si les universitaires ont réagi aux classements de cette manière dans l’enthousiasme du moment ? u parce qu’ils prennent les classements au sérieux ? Ou peut-être s’agit-il d’autre chose ?
Pour être clair dès le départ, mon intention ici n’est pas de critiquer les classements. Du moins pas de la manière dont on le fait habituellement. En ce sens, il ne s’agit pas d’une histoire sur les méthodologies défectueuses des classements ou leurs effets négatifs, sur la façon dont certains classements sont produits pour faire du profit, ou sur l’opacité ou la mauvaise gouvernance de ces classements. Rien de tout cela n’a d’importance ici.
Ce que je souhaite plutôt faire, c’est attirer l’attention sur une hypothèse très problématique à laquelle de nombreux universitaires semblent souscrire : l’hypothèse selon laquelle il existe, ou pourrait exister, une relation significative entre un classement, d’une part, et ce qu’une université est et fait par rapport aux autres, d’autre part.
Je commencerai par raconter une histoire qui concerne ma propre université et je conclurai par un thèse plus générale expliquant pourquoi l’approbation publique des classements rend un mauvais service au monde universitaire.
En septembre 2019, l’hebdomadaire allemand Der Spiegel a publié un article sur le classement mondial des universités du Times Higher Education (THE), qui venait alors de paraître. Le statut de l’Allemagne en tant que “troisième pays le plus représenté dans le Top 200”, selon l’article, était une fois de plus confirmé. L’article développe une autre information “particulièrement digne d’être soulignée” : “L’université de Bielefeld est passée de la position 250 à 166”.
Le jeudi 25 mars, nous nous rassemblerons devant Matignon, à midi, pour déposer la pétition du 22 février.
Étudiant·es et personnels, titulaires et précaires, soyons aussi nombreux·ses que possible. Le gouvernement n’a que trop tardé. La catastrophe est déjà là.
Le rendez-vous est donné à l’angle du boulevard Raspail et de la rue du Bac (sorties de métro : Sèvres Babylone ou Rue du Bac). L’événement se tiendra dans le respect des gestes barrières. Une attestation de déplacement dérogatoire, à compléter pour chaque rassemblement ou manifestation, est disponible à l’Url suivant : Attestation de déplacement dérogatoire
Continuer la lecture
Depuis plusieurs semaines, les propos répétés de Frédérique Vidal, qui prétend que l’université et la recherche publiques françaises sont “gangrénées” par un supposé “islamo-gauchisme”, ont déclenché de nombreuses attaques, individuelles et collectives, contre des collègues et leurs travaux. Ces attaques, qui devraient se limiter à des débats d’idées, dérivent dangereusement vers des dénonciations calomnieuses de la part de certain·es personnalités universitaires qui se servent des privilèges que leur accordent à la fois leur statut dans le monde académique et leur notoriété liée à la multiplication de prises de parole dans la sphère, pour simuler un débat scientifique alors que dévoyant toute rigueur scientifique.
Dans ce contexte de remise en cause des libertés académiques et d’assauts (politiciens et médiatiques) contre les sciences sociales et celles et ceux qui les font, la commission de géographie féministe du CNFG souhaite réagir aux attaques portées par Nathalie Heinich à deux reprises contre notre collègue Rachele Borghi : une première fois dans l’émission “le temps du débat” diffusée le 22 février dernier sur France Culture, puis dans un article publié le 4 mars sur le site de l’observatoire du « décolonialisme » (sic) intitulé « La militantisation de la recherche, et ses ravages ».
En critiquant les travaux portant sur les pratiques de l’espace de la plage par les lesbiennes — publiés notamment dans L’Espace Politique, une revue à comité de lecture dont les articles sont donc évalués anonymement par des scientifiques — elle tente de disqualifier sans autre forme de procès la géographie des sexualités comme un domaine de recherche légitime. Nier que les sexualités se déploient dans l’espace c’est faire comme si l’intime, le privé n’étaient pas politiques, ce qui renforce la répression des sexualités dissidentes à la norme et les politiques sexuelles réactionnaires. Chercher à museler les recherches dans ce domaine revient à se mettre au service d’un projet politique précis et qui ne va pas dans le sens d’une plus grande liberté.
À la volonté de discréditer les travaux de Rachele Borghi, s’ajoute la remise en cause de la pertinence de son recrutement à l’université, au seul motif que celle-ci revendique un positionnement politique queer et féministe. Or, on peut s’étonner que Nathalie Heinich parle d’une « activiste » qui « vient d’être recrutée pour enseigner à la Sorbonne » alors que Rachele Borghi a été recrutée en 2013. Ces termes rappellent en effet directement ceux des différents sites qui ont violemment attaqué la chercheuse après son élection, tels que l’observatoire (encore un) « de la théorie du genre » animé par le syndicat étudiant d’extrême-droite UNI, les sites conspirationnistes Diatala ou Fawkes news, les sites catholiques réactionnaires Gloria TV ou le Salon beige, ou encore le site d’Égalité & Réconciliation. Alors qui sont les idéologues ? Et qui sont les militant·es ? La rigueur scientifique ne peut être atteinte que lorsque le ou la chercheuse précise son positionnement politique, plutôt que de prétendre qu’elle n’en a pas ou qu’elle opère une distinction étanche entre son militantisme et sa recherche.