Décès de Marie Desbois : pas un·e mort·e de plus à l’Université

Le 8 juin 2026, Frédéric Magrat annonçait auprès de plusieurs listes de diffusion disciplinaires, de syndicats, de notre adresse de contact et d’autres personnes, le suicide de Marie / Maria Desbois (pseudonyme), qui alertait publiquement depuis des années sur la détresse engendrée par sa précarité dans l’ESR. Suite à cette annonce, l’ASES, relayée par l’AFS, a publié un message de soutien et rappelé les ressources existantes pour faire face aux détresses. Le 10 juin, le collectif Nous ne voulons plus mourir à l’université a diffusé sur la liste de l’ANCMSP un message appelant à agir face à la précarité généralisée et l’absence massive de postes de titulaires. Avec leur accord, nous reproduisons ici ce message. Toute l’équipe d’Academia s’associe aux prise de position publiques et au message privés pour exprimer sa colère face à la situation délétère de l’ESR, et son plus profond soutien aux proches de Marie / Maria Desbois.

C’est avec une immense tristesse et une aussi grande colère que nous prenons connaissance du suicide de Marie Desbois. Nous pensons évidemment à elle, à sa famille, ses ami·es, ses collègues.  

Précaires de l’ESR, cette nouvelle nous est absolument insupportable, et ce à tant d’égards.

N’en doutez pas : c’est avec haine que nous écrivons ces lignes, tant ce qui est arrivé est aussi injuste que prévisible. Les collectifs de précaires de l’ESR alertent depuis des décennies sur la précarité de nos métiers, dans des formes multiples qui n’ont jamais trouvé grâce aux yeux des tutelles ministérielles, des administrations universitaires, mais aussi des collègues titulaires pour qui l’article en cours est toujours plus important que la moindre mobilisation visant à défendre les collègues non-titulaires.

La vérité est affreuse à voir : ces refus d’entendre, de soutenir, de se mobiliser, sans parler des répressions contre les quelques fragiles mobilisations, sont la trame de nos « conditions de travail ». Ces conditions de travail n’offrent aucun avenir, aucun espoir, aucune perspective au-delà de quelques mois de contrat ici et là dont il faudrait en plus se réjouir. Les mobilisations passées, presque toujours portées par des précaires, auraient dû alerter et empêcher ce type de passage à l’acte. Elles ont pourtant été le plus souvent ignorées et réprimées dans bien des cas. Et pourtant, voilà où nous mènent les politiques néolibérales dénoncées, celles qui nous isolent et nous mettent en compétition, au sein d’universités maltraitantes, et dans lesquelles la plupart des titulaires forment désormais une classe d’encadrement.

Le cas de Marie n’est pas un cas isolé. Elle est la moins invisible de tous·tes les invisibles qui souffrent en silence, s’épuisent en silence, font des dépressions en silence, pensent à mourir en silence, et se tuent en silence. Mais ce silence est aussi celui du refus de voir, du refus d’agir, de l’immobilisme complice, qui est celui de toute la profession.

Alors, que fait-on ? Pour quoi faire ? Avec qui ? Et contre qui ?  

Sans prétendre parler au nom de tous les collectifs, il nous semble que les non-titulaires ont mené leur part de la lutte, et que la logique des mobilisations locales isolées montre ses limites. Les thèses sans financement, les déménagements forcés, les vies dans des trains, les vacations payées sous le SMIC (même lorsque les administrations sont trainées devant les tribunaux), le RSA, les droits au chômage qui réduisent chaque année un peu plus, les violences racistes, sexistes et classistes de ce monde professionnel à l’agonie ont empêché (comme c’est pratique !) nos mobilisations d’aboutir à autre chose que des signaux d’alarme ignorés dans le plus grand des silences gênés de la profession.

Nous refusons que le départ de Marie se fasse dans ce même silence. Nous appelons l’ensemble de la profession à arrêter le travail, à sortir des bureaux, à cesser les heures supplémentaires, à ne plus siéger dans aucune commission de tri d’étudiant·es et de collègues. Convoquez des AG dans chaque faculté, emparez-vous les congrès de l’été, refusez que « la science » serve encore une fois à étouffer la mort de nos collègues. Contactez la presse, mobilisez les collègues, insultez des ministres si vous le voulez, mais refusez d’être des bon·nes soldat·es des politiques qui nous tuent. « On meurt dans mon université et je me refuse à choisir dans quels départements seront les prochains morts », disait il y a six mois une présidence d’université. On y est. Refusez, vous aussi. Protégez-nous, soyez solidaires. La réflexivité n’est pas qu’un exercice académique, et il est temps d’ouvrir les yeux sur les positions qui sont les vôtres. Faites du bruit : vous avez la chance d’avoir un statut qui ne vous tue pas, et qui vous protège.

« Après nous, le déluge » : cette attitude ne peut plus durer, et il est temps de se rendre compte que le déluge inonde déjà vos propres maisons. En refusant de défendre les conditions de travail des précaires, ce sont vos conditions de travail que vous mettez en cause. Combien de postes de titulaires et de non-titulaires faudra-t-il qu’on refuse encore à votre section ? Combien de milliers de candidatures d’étudiant·es vous faudra-t-il encore examiner ? Combien de vos collègues allez-vous regarder faire des burn-out ? Combien de statistiques de sous-encadrement ou de baisse drastique des budgets vous faudra-t-il encore gérer ? Combien de fois comptez-vous encore « souligner la très grande qualité des dossiers reçus » ? Quand allez-vous arrêter de faire tourner la machine qui nous écrase tous·tes ?

Il manque des centaines de postes, partout en France. À très court terme, nous appelons à se mobiliser concrètement, partout et tout le temps, pour l’organisation d’une campagne massive de recrutements MCF et ATER dès septembre.

À nouveau, toutes nos pensées vont à Marie, à sa famille et à ses proches.

Le Collectif.
Nous ne voulons plus mourir à l’université.
onveutplusmouriraluniv@proton.me

L'équipe de rédaction d'Academia
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OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
L'équipe de rédaction d'Academia (21 juin 2026). Décès de Marie Desbois : pas un·e mort·e de plus à l’Université. Academia. Consulté le 16 septembre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/16fs2


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